JUSTICE : le SYNAMAG met l’État face à ses responsabilités et exige des actes
Dans un communiqué rendu public récemment, le Bureau Exécutif du Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG), sous la signature de son président Landry Abaga Essono, livre un réquisitoire particulièrement sévère sur l’état de la justice gabonaise. Sanctions disciplinaires jugées parfois disproportionnées, palais de justice insuffisamment équipés et sécurisés, retard dans la tenue du Conseil supérieur de la magistrature, textes d’application du statut des magistrats toujours attendus et opacité dénoncée autour des recettes judiciaires.
D’après le Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG), la crise de confiance qui frappe l’institution ne saurait être imputée aux seuls magistrats. Elle serait aussi la conséquence de choix publics et de renoncements institutionnels accumulés.
Au cœur de cette charge, le SYNAMAG dénonce ce qu’il considère comme un paradoxe majeur : exiger davantage d’exemplarité des magistrats tout en laissant la justice fonctionner dans des conditions matérielles, sécuritaires et statutaires jugées insuffisantes. Le syndicat reconnaît sans détour l’existence de comportements déviants au sein de la magistrature et affirme ne vouloir aucune complaisance face aux manquements déontologiques. Mais il refuse que la corruption devienne, selon lui, le « bouc émissaire » permettant d’expliquer à elle seule les difficultés de l’institution.
Le président Landry Abaga Essono résume cette position dans une formule particulièrement incisive : « On ne bâtit pas une justice respectée avec des palais de justice vétustes, dépourvus de sécurité ». Le SYNAMAG pointe également le retard pris dans la rénovation et la construction des juridictions, alors que des annonces gouvernementales formulées depuis près d’un an n’auraient toujours pas été concrétisées.
Le SYNAMAG s’alarme également de la situation institutionnelle et sécuritaire des magistrats. Il dénonce notamment le report de la session ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature, normalement prévue dans la première quinzaine de juillet, alors que la rentrée judiciaire est imminente et que de nombreux magistrats ignoreraient encore leur future affectation. Pour le SYNAMAG, cette situation fragilise les magistrats et leurs familles, tout en portant atteinte à la sérénité nécessaire à l’exercice de leurs fonctions.
Le syndicat évoque également les incidents survenus au palais de justice de Libreville ainsi que les tensions signalées à Mouila, estimant que l’autorité judiciaire ne peut être crédible si elle ne bénéficie pas d’une protection effective. Sur le terrain disciplinaire, il annonce par ailleurs sa disponibilité à accompagner les magistrats sanctionnés qui souhaiteraient contester certaines décisions devant le Conseil d’État.
« Lorsque le politique veut régler ses comptes avec un magistrat, il emprunte la voie d’autres magistrats pour l’anéantir », affirme Landry Abaga Essono, appelant ses pairs à résister à toute instrumentalisation et à demeurer irréprochables.
Enfin, le SYNAMAG place la question de la traçabilité des recettes judiciaires au centre de ses préoccupations. Le syndicat rappelle qu’une commission mixte avait remis, dès octobre 2025, des propositions visant notamment à renforcer la traçabilité des paiements liés aux procédures judiciaires, mais déplore l’absence d’avancée significative sur les textes attendus.
Il critique également les mesures prises autour du casier judiciaire, qu’il juge trop limitées et dépourvues, selon lui, d’une base juridique suffisamment contraignante. Le syndicat réclame notamment des éclaircissements sur la gestion des recettes générées par certaines activités judiciaires et affirme avoir demandé, sans réponse à ce jour, la communication du solde du compte « justice » logé au Trésor Public.
Face à l’ensemble de ces griefs, le SYNAMAG annonce une mobilisation des magistrats dès la rentrée judiciaire et formule trois exigences prioritaires : la tenue immédiate de la session ordinaire du CSM, l’adoption sans délai des textes d’application du statut des magistrats et la mise en œuvre effective de mesures de sécurisation des palais de justice. Une interpellation qui place désormais les autorités devant un enjeu essentiel : restaurer la confiance dans la justice ne pourra, selon le syndicat, passer uniquement par les sanctions, mais par des réformes concrètes garantissant son indépendance, ses moyens et son autorité.
Valéry M














