Home Culture LE SUCRE, LE DOUX PIÈGE QUI S’INSTALLE DANS NOS ASSIETTES

LE SUCRE, LE DOUX PIÈGE QUI S’INSTALLE DANS NOS ASSIETTES

0 5

Omniprésent dans les boissons, les biscuits, les desserts et de nombreux produits transformés, le sucre ajouté s’est banalisé au point de devenir presque invisible. Pourtant, consommé en excès, il constitue un véritable enjeu de santé publique, favorisant notamment le surpoids, le diabète de type 2 et les maladies métaboliques. Derrière son goût réconfortant se cache donc un mécanisme de récompense auquel il peut être difficile de résister.

Il est blanc, discret, bon marché et presque partout. Dans le café du matin, les boissons sucrées, les biscuits, les céréales, les desserts, les yaourts aromatisés ou encore certains produits industriels, le sucre s’est progressivement imposé comme un compagnon ordinaire de notre alimentation. À tel point que sa présence ne nous interpelle presque plus. Pourtant, lorsque sa consommation devient excessive et répétée, le sucre ajouté peut contribuer à une série de déséquilibres métaboliques. Le problème n’est donc pas de considérer le sucre comme une « drogue » au même titre que la cocaïne ou l’héroïne, comparaison scientifiquement excessive, mais de comprendre pourquoi certains aliments très sucrés peuvent favoriser une consommation répétitive et difficile à maîtriser.

Le mécanisme commence notamment dans le cerveau. Les aliments particulièrement agréables au goût peuvent stimuler les circuits de récompense et entraîner la libération de dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir, à la motivation et à l’apprentissage.

Cette réponse explique en partie pourquoi l’on peut avoir envie de reprendre une pâtisserie, une boisson sucrée ou une friandise même lorsque l’on n’a plus véritablement faim. Mais réduire la question à une prétendue « addiction au sucre » serait trop simpliste : les mécanismes de dépendance aux drogues et ceux liés à la consommation alimentaire ne sont pas identiques. En revanche, l’exposition répétée à des aliments très sucrés, particulièrement lorsqu’ils sont facilement accessibles et fortement transformés, peut contribuer à installer des habitudes alimentaires difficiles à modifier.

Sur le plan métabolique, les excès de sucres ajoutés ne sont pas anodins. Après leur consommation, la glycémie augmente et le pancréas libère de l’insuline afin de permettre au glucose d’être utilisé ou stocké par l’organisme. Lorsque l’alimentation apporte durablement trop d’énergie et que la sédentarité s’installe, l’organisme peut progressivement développer une résistance à l’insuline. Ce phénomène constitue l’un des mécanismes importants du diabète de type 2 et s’inscrit également dans les troubles métaboliques associés au surpoids et à l’obésité.

Une consommation excessive de sucres, notamment de boissons sucrées, est également associée à un risque accru de maladie du foie gras métabolique. Quant au cancer, il convient de rappeler une nuance essentielle : toutes les cellules utilisent du glucose, y compris les cellules cancéreuses, mais cela ne signifie pas que le sucre « nourrit le cancer » de manière simple ni que supprimer le sucre puisse empêcher ou affamer une tumeur.

Le véritable défi est donc moins de déclarer une guerre absolue au sucre que de reprendre le contrôle de sa consommation. Le sucre naturellement présent dans les fruits et le lait n’est pas à mettre sur le même plan que les grandes quantités de sucres ajoutés présentes dans les sodas, confiseries et produits ultratransformés. Les fruits entiers apportent notamment des fibres, de l’eau et des micronutriments.

Pour réduire progressivement les sucres ajoutés, il est possible de privilégier l’eau et les boissons non sucrées, de limiter les sodas et jus très sucrés, de choisir des produits moins transformés et de réduire peu à peu la quantité de sucre ajoutée au café, au thé ou aux préparations. Les dattes et le miel peuvent être utilisés comme alternatives culinaires, mais ils restent des sources de sucres et ne constituent pas des produits « sans risque » à volonté.

Au fond, la question mérite d’être posée autrement : si nous savions dès le départ que certains produits sucrés pouvaient, consommés en excès, contribuer silencieusement à nos problèmes de santé, leur accorderions-nous la même place dans notre quotidien ?

Le sucre n’est ni un poison absolu ni une drogue illicite. C’est un aliment dont la consommation excessive peut devenir problématique. Et dans une société où le goût sucré est devenu omniprésent, la véritable révolution sanitaire pourrait commencer par un geste simple : apprendre à moins sucrer nos habitudes pour mieux préserver notre santé.

Récit/ Peuple Infos

NO COMMENTS

Leave a Reply