FONCTION PUBLIQUE : 1 473 radiations, Laurence Ndong assume le choix de ne pas publier les noms
Après plusieurs semaines d’examen des situations litigieuses issues du recensement biométrique et administratif, la Commission exceptionnelle des litiges a rendu son verdict. Sur 1 765 dossiers examinés dans 37 ministères et institutions, 1 473 mesures de radiation ont été prononcées, avec à la clé une économie annuelle estimée à 11,319 milliards de FCFA pour l’État.
Cependant, le debat qui fait couler beaucoup d’encres et de salives reste la non publication de la liste des fonctionnaires radiés par la ministre de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, Laurence Ndong. Car cette dernière aura tranché : les identités des agents concernés ne seront pas rendues publiques.
Le chiffre est considérable et traduit l’ampleur du chantier engagé pour assainir le fichier de la Fonction publique gabonaise. Du 8 juin au 24 juillet 2026, la Commission exceptionnelle des litiges a passé au crible les situations administratives issues du recensement biométrique et administratif des agents publics. Au terme de cette procédure, 1 473 radiations ont été retenues sur 1 765 dossiers examinés.
Selon les données présentées par le ministère, ces mesures recouvrent plusieurs réalités administratives : abandons de poste, décès, départs à la retraite, ruptures de contrat, situations liées au présalaire ou encore anciens membres de cabinets. L’opération, dont les conclusions ont été prises en compte par le Conseil des ministres du 18 septembre, devrait permettre à l’État de réaliser environ 11,319 milliards de FCFA d’économies annuelles sur la masse salariale.
Parmi les situations les plus significatives figurent les abandons de poste, particulièrement nombreux dans certains secteurs stratégiques.
L’Éducation nationale compte 269 cas d’abandon de poste, sur 384 dossiers litigieux examinés ; la Santé en recense 158, sur 222 situations ; tandis que l’Économie et les Finances totalisent 111 dossiers. Le travail de la Commission ne s’est toutefois pas limité à une simple confrontation des fichiers : les données ont été vérifiées, les directions des ressources humaines auditionnées et des entretiens individuels menés avec les agents concernés, avant un arbitrage collégial.
« Ils ont des familles, ils ont des enfants »
C’est dans ce contexte que la question de la publication des noms a été posée à Laurence Ndong, mardi 22 septembre à Libreville. La réponse de la ministre a été sans ambiguïté : les noms des agents concernés ne seront pas publiés. « Il n’est pas question d’exposer la liste, elle ne regarde personne. Elle concerne l’employé et son employeur », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Ils ont des familles, ils ont des enfants, ils ont une mère et ils n’ont pas commis de crime. »
Une position qui traduit, selon la ministre, la distinction entre sanction administrative et exposition publique. Les agents reconnus en situation irrégulière doivent répondre de leurs actes dans le cadre prévu par les textes, mais leur sanction ne signifie pas, pour autant, que leurs identités doivent être livrées à la vindicte publique. Le principe affiché par le ministère est donc celui d’une sanction assumée sur le plan administratif, sans transformer une procédure professionnelle en humiliation publique.
Les failles de l’administration également dans le viseur
Mais l’opération aura surtout permis de mettre en lumière des dysfonctionnements qui dépassent les seuls agents concernés. Les investigations ont notamment fait apparaître des absences tolérées, des actes antidatés, des signatures effectuées par des personnes non habilitées et des recrutements réalisés sans visa des directions des ressources humaines. Des agents ont également été localisés à l’étranger grâce au croisement des informations avec les services compétents, tandis que d’autres demeurent introuvables.
La ministre entend ainsi placer l’administration elle-même face à ses responsabilités. « Si une personne est reconnue responsable de ces irrégularités, elle sera sanctionnée par la loi », a-t-elle averti. Autrement dit, l’opération d’assainissement ne vise pas uniquement ceux qui auraient abandonné leur poste : elle entend également interroger les mécanismes qui ont permis à certaines anomalies de perdurer.
Avec ces décisions, le gouvernement entend franchir une nouvelle étape dans la modernisation de la Fonction publique : fiabiliser les effectifs, assainir le fichier de solde, maîtriser la masse salariale et renforcer la rigueur administrative. Reste désormais à mesurer, dans la durée, l’effectivité des radiations et des autres décisions prises par la Commission, ainsi que la capacité des administrations à prévenir la reproduction de telles irrégularités.
Valéry M





















