LA RÉPONSE/ COMILOG : la critique à l’épreuve des faits
Anne-Marie Dworaczek-Bendome critique régulièrement Eramet et Comilog. C’est son droit et, s’agissant d’une entreprise qui occupe une telle place dans l’économie gabonaise, c’est même nécessaire. Mais la critique n’exonère pas de la méthode.
Dans son article du 17 septembre consacré à l’arrivée d’Issempedjeno Ngaka, la journaliste décrit une Comilog marquée par « huit ans de fractures sociales béantes » et une « trajectoire orientée vers le bas ». Des formules fortes. Mais que disent les faits ?
L’article reconnaît lui-même que la production est passée de 4,1 millions de tonnes en 2018 à 7,4 millions en 2023. Les difficultés récentes sont réelles. Elles ne suffisent pourtant pas à transformer huit années de croissance industrielle en une trajectoire uniformément descendante.
Même fragilité concernant les « huit ans de fractures sociales ». Les conflits sociaux récents sont documentés. Mais où sont les données permettant d’établir huit années continues de fracture ? Quels indicateurs sociaux ? Quelle évolution sur l’ensemble de la période ? L’affirmation dépasse ici ce que les éléments présentés permettent de démontrer.
Plus étonnant encore : qui a été interrogé ?
La « boîte noire » de l’article énumère communiqués et publications de presse. Elle ne mentionne aucun entretien avec la direction de Comilog, Leod Paul Batolo ou Issempedjeno Ngaka, ni de réponse de l’entreprise aux jugements portés sur son bilan. Cela ne prouve pas qu’aucune sollicitation n’a existé. Mais pour un article qui interroge précisément la transparence des autres, la question du contradictoire mérite d’être posée.
Et puis il existe un élément que ses lecteurs ne connaissent pas nécessairement : Marcel Abéké, ancien dirigeant historique de Comilog, et « frère » d’Anne-Marie Dworaczek-Bendome. Elle l’a elle-même indiqué publiquement.
Cette connivence ne démontre évidemment rien concernant ses motivations. En revanche, la transparence aurait peut-être commandé de le rappeler lorsqu’on porte régulièrement un regard éditorial sur l’entreprise que son proche a dirigée pendant plus de vingt ans. D’autant que les archives interrogent.
Elle a présenté Marcel Abéké comme l’un des initiateurs du Complexe métallurgique de Moanda. Lorsqu’il fut écarté d’une commémoration de la DFIP, elle dénonça « petitesse », « manque de respect » et « revanchardise ». Devenu ministre du Pétrole, il fut sous sa plume « l’homme qui révolutionne le pétrole gabonais », avant qu’elle ne salue sa « gouvernance transformative ».
Face aux successeurs de son « frère » à Comilog, le vocabulaire change radicalement : fractures, contentieux, rupture de confiance, trajectoire descendante.
Simple différence d’appréciation ? Peut-être. Mais elle justifie une question journalistique parfaitement légitime : la même grille critique est-elle appliquée à tous ?
Car le problème n’est pas que Dworaczek-Bendome critique Comilog. Le problème apparaît lorsque des faits réels sont sélectionnés pour produire un récit qui arrange ses proches.
Un journaliste est libre de son angle. Mais lorsqu’il exige des entreprises transparence, preuves et responsabilité, trois exigences devraient également accompagner son travail. Les faits dans leur totalité, le contradictoire et la transparence sur les liens susceptibles d’éclairer le lecteur.
C’est peut-être finalement la question la plus simple : qui questionne ceux qui questionnent ?






















