AFFAIRE PLATINIUM MOTORS : un proche de Junior Bongo Ondimba cité dans le dossier
Un Sea-Doo endommagé lors des festivités de son mariage, une société de location qui réclame réparation depuis fin juillet, un cousin entendu par la police, une convocation déposée jusqu’à l’ambassade du Congo au Gabon, un proche de la famille Sassou-Nguesso cité dans une version des faits, et une note de champagne à 27 millions de FCFA au Radisson Blu: payée rubis sur l’ongle. L’affaire qui traîne depuis deux mois dit beaucoup de choses sur le décalage entre l’image de retenue d’un héritier discret et les habitudes de ceux qui l’entourent.

Julien Serguy Ngassi Gayama, le cousin gabonais de Junior Bongo dont le nom figurerait sur le contrat.
C’est une histoire comme l’Afrique centrale les aime. Un mariage fastueux, une famille aux mille ramifications, un jet-ski de luxe, et une facture que personne ne veut payer. Sauf que cette fois, la facture ne disparaît pas. Elle atterrit sur un bureau de police, dans un procès-verbal, et (détail qui en dit long) jusque sur le bureau de l’ambassade du Congo au Gabon.
Le dimanche 26 juillet, la Baie des Tortues (ce coin de paradis isolé dans le parc national de Pongara, à une heure de navette de la capitale gabonaise) aurait dû être le théâtre d’une réception parfaite. La veille, Junior Omar Bongo Ondimba, fils d’Omar Bongo et petit-fils de Denis Sassou-Nguesso, avait dit « oui » à Julia Otto Mbongo devant un parterre de chefs d’État. Le lendemain, place aux festivités plus intimes, loin des caméras. Sauf que l’intimité, dans cette famille, a un goût de moteur qu’on pousse à fond et de champagne qu’on fait couler.
Le jet-ski « gâté »
Selon plusieurs sources proches du dossier, une motomarine de type Sea-Doo GTX Limited 325 ( 325 chevaux, écran tactile, système audio premium, l’équivalent nautique d’une berline de luxe) aurait été « gâtée » ce jour-là par certains cousins du marié. Le mot circule dans les milieux huppés de Libreville : « gâtée ». Pas coulée, pas volée. Gâtée. Comme on gâte un enfant trop excité. Comme on gâte un héritier qui n’a jamais rien payé de sa vie.
L’engin appartenait, semble-t-il, à Platinium Motors, une société de location de véhicules et de loisirs. Depuis fin juillet, l’entreprise tenterait d’obtenir réparation et dédommagement. En vain. Les messages restent lettre morte, les appels sans réponse. Platinium Motors, elle, a des photos, un contrat, et une facture qui grimpe.
Le nom qui figure sur le contrat ? Serguy, présenté comme le cousin gabonais de Junior Bongo. C’est lui qui aurait signé, lui qui aurait engagé sa responsabilité. C’est donc lui qui aurait reçu, le 17 septembre, une convocation. Une convocation à laquelle il ne se serait pas présenté. Comme si, dans certains cercles, le simple fait de porter un nom suffisait à effacer une ardoise.
Le lendemain, 18 septembre, il aurait finalement été interpellé par la police. Auditionné. Et c’est là que l’affaire bascule.
Jusqu’à l’ambassade du Congo
Car le différend ne s’est pas arrêté aux portes des commissariats gabonais. Selon toutes informations, une convocation aurait également été déposée à l’ambassade du Congo au Gabon, dans le cadre de cette même affaire. Une démarche qui, à elle seule, en dit long sur la dimension prise par le dossier.
Cette convocation viserait précisément Joy Onzambé, présenté comme un proche de la famille Sassou-Nguesso et de l’entourage familial de Junior Bongo. Autrement dit : l’affaire a franchi la frontière. Elle n’oppose plus seulement une société de location gabonaise à un client récalcitrant. Elle met désormais en jeu les relations entre deux pays, deux familles, deux clans.
Selon la version attribuée à Serguy lors de son audition, celui-ci aurait contesté être seul responsable des dommages. Il aurait cité un autre nom : Joy Onzambé. Le petit oncle congolais, en quelque sorte.
Ce que l’on sait, en revanche, c’est que Serguy aurait été remis en liberté après son audition, avec un engagement : régler les sommes réclamées par Platinium Motors au plus tard le 24 septembre 2026. Selon toutes informations, une interdiction de sortie du territoire aurait également été prise à son encontre. Une mesure qui, dans le contexte gabonais, n’a rien d’anodin.
Car si l’on gratte un peu, l’affaire du jet-ski n’est peut-être que la partie émergée. Selon des informations rapportées dans l’entourage du dossier, certains proches de la famille Sassou-Nguesso auraient organisé, ces dernières semaines, un séjour particulièrement dispendieux au Radisson Blu de Libreville.
Le chiffre circule : 50 bouteilles de champagne Ruinart par jour, au prix annoncé de 135 000 FCFA l’unité. Sur cette base, la dépense représenterait 6,75 millions de FCFA par jour, soit 27 millions de FCFA sur quatre jours — environ 41 000 euros. Juste en champagne. Sans compter les suites, les repas, les voitures, les extras.
Mais cette note aurait été payée. Intégralement. Rubis sur l’ongle.
Mais voilà le tableau réel. D’un côté, des proches de la famille congolaise qui dépensent 27 millions en champagne sur quatre jours, et qui paient. De l’autre, un cousin gabonais qui signe un contrat de location, endommage le bien, et refuse pendant deux mois de répondre aux sollicitations d’une société de location. D’un côté, une prodigalité assumée. De l’autre, une ardoise contestée.
L’image de Junior Bongo en question
C’est peut-être là que se joue le vrai sujet. Junior Bongo Ondimba appartient à une famille dont les ramifications s’étendent du Gabon au Congo-Brazzaville. Diplômé de Harvard, d’Oxford et de la LSE, il a construit sa réputation sur les affaires et la diplomatie parallèle plutôt que sur les démonstrations de force. L’homme est discret. Presque effacé. Un héritier qui préfère les salons feutrés aux estrades.
Mais son entourage, lui, ne semble pas partager cette retenue. Entre les cousins gabonais et les oncles congolais, c’est à celui qui rejettera la faute sur l’autre. Une querelle de famille qui s’étale désormais par convocations de police interposées, et par convocation déposée à l’ambassade du Congo. Dans une affaire où personne ne veut endosser la facture.
Pendant ce temps, Platinium Motors attend. Une société de location face à une dynastie. Le rapport de force est déséquilibré, mais l’entreprise a la loi de son côté.
Reste à savoir si Serguy respectera son engagement avant le 24 septembre. Si Joy Onzambé répondra à la convocation déposée à l’ambassade du Congo. Et si, cette fois, le nom de famille suffira à faire disparaître la facture d’un jet-ski.





















