POLITIQUE/ Blaise Louembe face aux attaques de Gérard Ella Nguema : la dignité d’un se mesure t-elle à la violence des insultes ?
Au lendemain de l’audience accordée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema aux responsables du Parti Démocratique Gabonais (PDG), conduits notamment par Blaise LOUEMBE, les propos injurieux attribués à Gérard Ella Nguema, suscitent de vives réactions. En s’attaquant publiquement à la virilité et à l’honneur du Secrétaire général du PDG, le débat semble avoir quitté le terrain des idées pour celui de l’humiliation personnelle. Pourtant, dans une République qui ambitionne de se reconstruire sur les fondements du respect, du dialogue et de la responsabilité, la valeur d’un homme se juge à ses actes, à ses convictions et à sa capacité à répondre de son parcours, non aux insultes dont il est la cible.
« Blaise n’a pas de couilles ! C’est pas un homme ! Parce qu’un vrai homme assume son passif, assume son histoire et va se reconstruire. »
Ces propos de Gérard Ella Nguema, prononcés en réaction à l’audience présidentielle accordée aux responsables du PDG, ont provoqué l’indignation de plusieurs acteurs politiques et associatifs.
Dans une démocratie, nul ne saurait contester à un citoyen le droit de critiquer un responsable public, de questionner son parcours ou de désapprouver ses choix politiques. Mais ce droit, aussi fondamental soit-il, ne saurait justifier toutes les dérives verbales. La liberté d’expression ne dispense ni de la mesure, ni de la décence, ni du respect de la personne humaine.
En s’attaquant à la virilité de Blaise Louembet, Gérard Ella Nguema déplace la confrontation du terrain politique vers celui de l’invective personnelle. Or, la pertinence d’une critique ne se mesure pas à sa brutalité, mais à la solidité des faits qu’elle avance, à la cohérence des arguments qu’elle développe et à la capacité de son auteur à éclairer utilement le débat public.
On peut contester un parcours politique sans chercher à humilier un homme. On peut dénoncer des choix sans nier la dignité de celui qui les a faits. C’est précisément cette frontière entre la critique légitime et l’attaque personnelle qui mérite aujourd’hui d’être rappelée.
Dan’n Valdo Memiaghe : « La crédibilité se construit par les actes »
La réaction de Dan’n Valdo Memiaghe, leader associatif et politique, s’inscrit dans cette logique de responsabilisation des acteurs publics. Sans remettre en cause le droit de Gérard Ella Nguema à exprimer ses opinions, il l’invite à soumettre son propre engagement politique à l’évaluation des citoyens.
« Qu’avez-vous concrètement apporté aux populations depuis votre entrée en politique ? Quelles actions avez-vous menées ? Quel impact réel votre engagement a-t-il eu sur le quotidien des Gabonais ? », interroge-t-il en substance.
Pour cet acteur associatif et politique, la confrontation démocratique ne saurait se réduire à une succession de déclarations fracassantes, de dénonciations et de règlements de comptes. Elle doit être alimentée par des propositions, des réalisations et une vision capable de répondre aux préoccupations des populations.
Sa conclusion résume l’exigence qu’il entend opposer aux outrances verbales : « La critique est un droit, mais la crédibilité se construit par les actes. »
Cette interpellation pose une question essentielle : avant de sommer les autres d’assumer leur histoire, chaque acteur politique ne devrait-il pas être disposé à rendre compte de la sienne ? La responsabilité publique implique une exigence de réciprocité. Celui qui réclame des comptes à autrui doit également accepter que son propre bilan soit examiné.
Pour Van’n Valdo, l’enjeu est donc de ne pas laisser une formule injurieuse se substituer à un véritable débat sur le parcours du Secrétaire général du PDG, ses positions et ses choix politiques.
Noélie Mekama Ossele : « le dialogue républicain ne doit pas devenir un motif d’exclusion »
La déléguée communale de l’Union des forces pour le PDG (UF-PDG) à Libreville, Noélie Mekama Ossele, replace pour sa part la polémique dans son contexte politique : l’audience accordée par le président de la République aux responsables du PDG.
À ses yeux, cette démarche doit être appréciée à la lumière des principes d’unité nationale, de cohésion sociale, de rassemblement et de paix régulièrement mis en avant dans la conduite des affaires publiques.
Le fait que le chef de l’État reçoive des responsables d’une formation politique ne devrait pas automatiquement être interprété comme une approbation de tout leur passé, pas plus que comme une renonciation aux ambitions de transformation du pays. Affirme t-elle.
Dans une République, le dialogue institutionnel peut précisément servir à rapprocher des sensibilités différentes et à rechercher des convergences au-delà des rivalités partisanes.
Noélie Mekama Ossele formule ainsi une interpellation à l’endroit des contempteurs de cette audience : quelle alternative concrète proposent-ils pour consolider l’unité nationale, préserver la paix et favoriser la cohésion sociale ?
Son message est sans ambiguïté : défendre le PDG ne signifie pas s’opposer au renouveau du Gabon, pas plus que dialoguer avec ses responsables ne signifie renoncer aux transformations attendues par les citoyens.
Cette position permet de rappeler que la vie politique ne peut se construire durablement sur l’exclusion systématique d’adversaires ou d’anciens adversaires. Le désaccord est une composante normale de la démocratie ; l’injure ne saurait en devenir le langage privilégié.
Blaise LOUEMBE : un parcours politique ne se résume pas à une invective
Au cœur de cette controverse, Blaise Louembe mérite que son parcours soit discuté sur la base de faits, de positions clairement établies et d’arguments contradictoires, plutôt qu’à travers des attaques visant son honneur personnel.
Assumer son histoire politique, lorsqu’une telle exigence est formulée, relève d’un exercice de responsabilité qui doit pouvoir s’appliquer à tous les acteurs publics. Mais cette responsabilité ne se décrète pas au moyen d’une humiliation publique. Elle se démontre par la transparence, l’explication des décisions passées, la reconnaissance des erreurs éventuelles et la capacité à présenter une orientation crédible pour l’avenir.
Il serait donc réducteur de considérer qu’une personne renonce à sa dignité ou à sa qualité d’homme parce qu’elle adopte une stratégie politique différente de celle souhaitée par ses contradicteurs. La virilité ne constitue ni un critère de compétence politique, ni une preuve de courage civique. De même, le désaccord avec une décision ou une démarche institutionnelle ne saurait autoriser quiconque à transformer une confrontation d’idées en procès personnel.
L’audience présidentielle accordée aux responsables du PDG, notamment à Blaise Louembe, peut être discutée, interrogée et analysée. Ses implications politiques peuvent être débattues avec vigueur. Mais il appartient aux contradicteurs de démontrer, arguments à l’appui, ce qu’ils reprochent précisément aux personnes concernées.
La meilleure réponse à une attaque personnelle reste un débat de fond, étayé par des faits et conduit avec dignité.
À l’heure où le pays est appelé à consolider sa cohésion nationale et à dépasser les antagonismes hérités de ses différentes séquences politiques, les responsables publics et les acteurs de la société civile portent une responsabilité particulière dans la qualité du débat national.
L’épisode opposant Gérard Ella Nguema à Blaise Louembe devrait ainsi inviter chacun à une réflexion plus large sur les limites de la parole publique.
Le Gabon mérite mieux que les procès en virilité et les affrontements personnels. Il mérite un débat politique exigeant, responsable et tourné vers l’intérêt général. C’est à cette hauteur que Blaise Louembe doit être jugé, comme tous ceux qui aspirent à peser sur l’avenir de la Nation.
Récit/Peuple Infos

























