DIEUDONNÉ MINLAMA : « Le mandat du peuple ne doit jamais devenir un mandat partisan »
Entre appel à l’unité nationale, défense de la démocratie et exigence de résultats, l’ancien candidat à la présidentielle de 2016 livre sa lecture du Gabon de la Transition – Après plusieurs années de relative discrétion sur la scène publique, Dieudonné Minlama Mintogo est revenu dans le débat national à travers un long entretien accordé au journal Échos du Nord. Le Président du Mouvement Ensemble pour la République y dresse un diagnostic sans complaisance de la situation politique du Gabon, tout en formulant des propositions pour consolider la 5ème République et préparer l’avenir institutionnel du pays.
Au cœur de son intervention, un message fort : le pouvoir issu du changement du 30 août 2023 doit demeurer fidèle au mandat confié par l’ensemble du peuple gabonais et éviter toute tentation de confiscation partisane.
UNE ÉVALUATION NUANCÉE DU DÉBUT DE MANDAT
Interrogé sur les premiers mois de gouvernance du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, Dieudonné Minlama adopte une posture équilibrée. Tout en reconnaissant les attentes immenses suscitées par le changement politique intervenu en août 2023, il refuse aussi bien l’enthousiasme excessif que le rejet systématique.
Selon lui, l’évaluation de l’action publique doit tenir compte du contexte hérité des précédentes décennies, marqué par de profondes difficultés économiques, sociales et institutionnelles. Il estime que certains signaux positifs ont été enregistrés, notamment en matière de restauration de la confiance entre l’État et les citoyens, mais souligne que les défis structurels demeurent considérables.
Pour l’homme politique, les Gabonais attendent désormais des résultats tangibles en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, d’accès aux services publics et d’amélioration des conditions de vie.
LE RISQUE D’UNE DÉRIVE PARTISANE
L’un des points les plus marquants de l’entretien concerne la nécessité de préserver le caractère inclusif de la Transition.
Dieudonné Minlama met en garde contre toute tentative de transformer l’élan populaire ayant accompagné le changement politique en avantage exclusif pour une formation ou un groupe particulier.
« L’erreur à éviter est de transformer le mandat du peuple en mandat partisan », affirme-t-il en substance.
Pour lui, la légitimité du processus en cours repose précisément sur son caractère national et rassembleur. La Transition, explique-t-il, doit rester l’affaire de tous les Gabonais et non devenir l’instrument d’intérêts particuliers.
Cette exigence d’inclusivité apparaît, à ses yeux, comme une condition essentielle pour garantir la stabilité politique et préserver l’adhésion populaire aux réformes engagées.
L’UNION SACRÉE DE GOUVERNANCE COMME MÉTHODE
Afin de relever les défis auxquels le pays est confronté, Dieudonné Minlama plaide pour une véritable « Union sacrée » de gouvernance.
Cette approche reposerait sur la mobilisation des compétences nationales au-delà des appartenances politiques, idéologiques ou régionales. Dans un contexte de reconstruction institutionnelle, il estime que le Gabon ne peut se permettre de se priver de talents susceptibles de contribuer à son redressement.
L’ancien candidat considère que l’intérêt général doit primer sur les logiques de clans ou de camps, particulièrement durant cette phase décisive de l’histoire nationale.
UNE DÉMOCRATIE FORTE PASSE PAR UNE PRESSE LIBRE
L’entretien accorde également une place importante à la question des libertés publiques et du rôle des médias.
Pour Dieudonné Minlama, une démocratie moderne ne peut fonctionner durablement sans une presse libre, pluraliste, professionnelle et économiquement viable. Les médias constituent, selon lui, un contre-pouvoir indispensable, un espace d’expression citoyenne ainsi qu’un outil de contrôle démocratique.
Il souligne que la liberté de la presse ne doit pas être perçue comme une menace pour l’action gouvernementale, mais comme une composante essentielle de la transparence et de la bonne gouvernance.
L’amélioration des conditions d’exercice du métier de journaliste apparaît ainsi comme un enjeu majeur pour la consolidation démocratique du Gabon.
LE RÔLE CENTRAL DE LA SOCIÉTÉ CIVILE
Au-delà des partis politiques et des institutions, Dieudonné Minlama insiste sur l’importance de la société civile dans la construction du nouveau Gabon.
Associations, syndicats, organisations communautaires et mouvements citoyens doivent, selon lui, participer activement au débat public et au suivi des politiques publiques.
Il considère que la vitalité démocratique d’un pays dépend aussi de la capacité de ses citoyens à s’organiser, à s’exprimer librement et à contribuer à la recherche de solutions collectives.
DÈS INSTITUTIONS À RECONSTRUIRE DURABLEMENT
L’ancien opposant estime que le principal défi de la Transition réside dans la reconstruction de la confiance entre les citoyens et les institutions.
Cette confiance passe, selon lui, par des réformes crédibles, une gestion rigoureuse des ressources publiques et un renforcement de l’État de droit. Il appelle également à la consolidation des mécanismes de contrôle, de responsabilité et de transparence afin d’éviter la répétition des erreurs du passé.
Pour lui, la réussite du processus actuel ne se mesurera pas uniquement à l’organisation des futures échéances électorales, mais aussi à la capacité des autorités à poser les bases d’institutions solides, respectées et durables.
Un appel à la responsabilité collective
En conclusion, Dieudonné Minlama se montre à la fois prudent et optimiste. Il reconnaît l’ampleur des attentes populaires tout en rappelant que la transformation d’un pays exige du temps, de la méthode et une mobilisation collective.
Son message central est clair : la 5ème République doit rester fidèle à son objectif de refondation nationale, préserver son caractère inclusif et placer l’intérêt général au-dessus des calculs politiques.
À travers cet entretien, l’ancien candidat à la présidentielle de 2016 appelle les dirigeants, les forces politiques, la société civile et les citoyens à faire de cette période historique une opportunité de reconstruction durable. Car, selon lui, l’avenir du Gabon dépendra moins des discours que de la capacité de tous les acteurs à traduire les aspirations populaires en réformes concrètes et en progrès partagés.
Valéry M





















