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DÉTENUS DÉPORTÉS À MAKOKOU : cinq millions déboursés par leurs fammilles pour faire avancer une instruction toujours à l’arrêt

Jusqu’où faudra-t-il aller pour qu’une procédure judiciaire avance au Gabon ? Depuis près de deux ans, trente prévenus détenus à la prison centrale de Makokou, alors que les faits qui leur sont reprochés seraient liés à Libreville, demeurent dans l’attente d’une issue judiciaire. Selon leurs familles, celles-ci auraient dû réunir plus de cinq millions de francs CFA pour financer le déplacement du juge d’instruction et de sa greffière de Libreville jusqu’à Makokou, afin de permettre la poursuite des actes d’instruction. De l’argent dépensé en vain ?

En effet, cet argent dépensé par les parents des détenus soulève une question fondamentale : pourquoi les familles devraient-elles prendre en charge des frais normalement liés au fonctionnement du service public de la justice ? À l’heure où les autorités affichent leur volonté de renforcer l’État de droit, cette affaire appelle des explications de la part des responsables judiciaires et, au-delà, une attention particulière du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, garant des institutions et du fonctionnement régulier de l’État.

Près de deux ans derrière les barreaux, sans jugement : c’est le cœur du malaise dénoncé par les proches des trente prévenus. Déportés à Makokou alors que les faits seraient liés à Libreville, ces détenus se retrouvent éloignés de leurs avocats, de leurs magistrats instructeurs et du cadre juridictionnel dans lequel leurs dossiers ont été initialement engagés. Plusieurs magistrats auraient, selon les familles, exprimé leur étonnement face à ce transfèrement.

Au-delà de la question de sa régularité, c’est surtout le blocage de la procédure qui nourrit aujourd’hui l’inquiétude : lorsque des personnes placées en détention provisoire restent éloignées pendant une aussi longue période du juge chargé de leur dossier, chaque retard dans les actes d’instruction devient lourd de conséquences pour leurs droits et pour leurs familles.

Le ministère de la Justice gabonais a lui-même déjà mis en avant, dans un précédent contexte, la nécessité d’examiner la situation des détenus préventifs et de procéder à des libérations lorsque les conditions le permettent.

Le plus troublant demeure cependant l’épisode des cinq millions de francs CFA. En décembre 2025, face, selon les familles, à l’argument d’une absence de moyens budgétaires permettant au juge d’instruction de se rendre à Makokou, les proches des détenus auraient décidé de se cotiser, par l’intermédiaire de leur avocat, afin de financer le voyage et le séjour du magistrat et de sa greffière. Une démarche présentée comme un sacrifice ultime pour débloquer une instruction paralysée. Or, le fonctionnement matériel d’une juridiction relève normalement de l’organisation et des moyens du service public de la justice, et non de la capacité financière des familles des justiciables concernés.

Plus préoccupant encore, affirment les proches, les interrogatoires réalisés lors de cette mission auraient fait apparaître, pour certains prévenus, l’absence de charges suffisamment établies, sans qu’aient suivi les décisions judiciaires qu’ils espéraient : ni non-lieu total ou partiel, ni requalification, ni renvoi devant une juridiction de jugement.

Comme si cette première mobilisation financière ne suffisait pas, les familles auraient également été contraintes de pallier certaines carences matérielles. Informées que les actes d’instruction exécutés à Makokou dans le cadre d’une commission rogatoire se heurtaient à des difficultés matérielles, notamment l’insuffisance de fournitures de bureau telles que papier et encre, elles auraient une nouvelle fois mis la main à la poche.

Cette succession de sacrifices pose alors une question de fond : une famille doit-elle financer le déplacement d’un magistrat, puis contribuer aux moyens matériels nécessaires à l’exécution des actes judiciaires concernant son propre enfant détenu ? Si ces faits sont confirmés, ils soulèveraient de sérieuses interrogations sur le fonctionnement concret de la chaîne judiciaire, particulièrement lorsque l’absence de moyens devient, de fait, un obstacle à l’avancement d’une procédure impliquant des personnes privées de liberté.

Face à cette situation, le silence ne saurait constituer une réponse suffisante aux interrogations des familles. Leur demande est claire : que les dossiers soient effectivement instruits, que la situation individuelle de chaque détenu soit examinée sans délai et que les décisions judiciaires appropriées soient prises, conformément au droit et aux éléments de chaque dossier. Elles sollicitent également l’attention des autorités judiciaires et du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, afin que toute la lumière soit faite sur les conditions de détention, le transfèrement à Makokou, les délais de l’instruction et les dépenses supportées par les proches.

Faut-il rappeler pour conclure, que derrière ces procédures se trouvent trente personnes privées de liberté et autant de familles confrontées à l’angoisse, aux dépenses et à l’incertitude. La justice ne peut être véritablement accessible que si son fonctionnement ne dépend ni de la distance, ni des ressources financières des familles, ni de leur capacité à financer elles-mêmes les moyens nécessaires à l’avancement de leurs dossiers.

Valéry M

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