JUSTICE/ Affaire foncière du Premier Campement : les zones d’ombre s’accumulent autour d’Olivier NDI, la justice interpellée
Après plus d’une décennie de bataille foncière, le dossier opposant Fabien NGONDA à la SCI Résidences Pour Tous, représentée par son gérant Olivier NDI, est loin d’avoir livré tous ses secrets. Nouvelle plainte au Parquet de Libreville, responsables de l’ANUTTC mis en cause, deux avis d’affichage dont la localisation serait différente, une somme de près de 42 millions de FCFA dont la traçabilité est demandée, un rapport d’expertise judiciaire au cœur des contradictions alléguées.
En effet, les questions soulevées sont désormais suffisamment nombreuses pour appeler autre chose que le silence. Dans ce dossier à forts enjeux, Fabien NGONDA réclame la manifestation de la vérité. Aux autorités judiciaires, administratives et, au sommet de l’État, au président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, de veiller à ce que nul ne puisse être privé de ses droits par le poids des relations, des fonctions ou des intérêts en présence.
Plus de dix ans de conflit, et toujours autant de questions
Il est des dossiers qui refusent obstinément de disparaître. Celui qui oppose depuis plus d’une décennie Fabien NGONDA à la SCI Résidences Pour Tous, représentée par son gérant Olivier NDI, appartient désormais à cette catégorie. Loin de s’éteindre, le contentieux foncier autour de la parcelle litigieuse du Premier Campement connaît au contraire une nouvelle accélération judiciaire.
Après une première plainte déposée auprès du Procureur de la République, mettant notamment en cause Olivier NDI et plusieurs personnes que le plaignant estime susceptibles d’avoir joué un rôle dans le dossier, Fabien NGONDA est revenu à la charge le 7 septembre 2026, avec une nouvelle plainte particulièrement documentée.
Cette fois, le périmètre des personnes dont il sollicite l’audition s’élargit à plusieurs responsables et anciens responsables de l’administration foncière et cadastrale.
Il ne s’agit donc plus seulement d’un affrontement entre un particulier et une société civile immobilière. Les conditions dans lesquelles certains actes administratifs auraient été établis, traités ou validés sont désormais elles aussi soumises à l’examen du Parquet.
Olivier NDI au centre d’un contentieux qui prend une nouvelle dimension
Au cœur de cette bataille figure toujours la SCI Résidences Pour Tous, dont Olivier NDI est le gérant. Fabien NGONDA conteste les conditions dans lesquelles la SCI aurait obtenu la cession foncière à l’origine du litige et demande que la justice examine les différents actes et circonstances ayant entouré cette opération.
Il ne revient évidemment pas à un article de presse de déclarer coupable qui que ce soit. Mais lorsqu’un justiciable produit des documents, relève des contradictions et demande officiellement à la justice de vérifier leur authenticité et leur régularité, une question fondamentale se pose : les autorités compétentes vont-elles réellement examiner ces éléments jusqu’au bout ?
C’est précisément le sens de la nouvelle démarche de Fabien NGONDA : obtenir des investigations susceptibles de déterminer ce qui s’est réellement passé, qui a fait quoi, à quelle date, sur quelle base et avec quelles conséquences.
Des responsables de l’ANUTTC désormais dans le champ des investigations sollicitées
La plainte ne vise pas uniquement Olivier NDI et la SCI Résidences Pour Tous. Fabien NGONDA demande également que le rôle de plusieurs responsables ou anciens responsables de l’Agence Nationale de l’Urbanisme, des Travaux Topographiques et du Cadastre (ANUTTC) soit examiné.
Sont notamment cités dans sa démarche : François-Auguste AKOMEZOGHO, ancien Directeur Général de l’ANUTTC ; Ralph Gabin MASSIMA MANGONDA, ancien Directeur du Cadastre ; Léonard NGUEMA EBOZO, Directeur de l’Urbanisme ; MIKOLO, Chef du Service Topographique ; Gildas Adelphe MICKOTO, Directeur Général de l’ANUTTC ; ainsi que d’autres personnes intervenues, selon le plaignant, dans le traitement administratif ou technique du dossier.
Leur citation dans une plainte ne signifie naturellement pas que leur responsabilité pénale est établie. Mais elle souligne une réalité incontournable : les documents et décisions administratives qui ont contribué à façonner le dossier doivent pouvoir être vérifiés avec la plus grande rigueur.
Dans une affaire foncière aussi ancienne, la transparence documentaire n’est pas un luxe. Elle constitue une exigence élémentaire de l’État de droit.
Deux avis d’affichage, deux localisations : simple anomalie ou question fondamentale ?
C’est l’un des points les plus troublants soulevés par Fabien NGONDA. Le plaignant affirme que deux avis d’affichage auraient été utilisés dans le cadre de la procédure concernant le titre foncier litigieux, avec une différence de localisation : Malibé 1 pour l’un, Premier Campement pour l’autre.
Si cette différence est effectivement établie par les documents originaux, elle mérite incontestablement d’être expliquée. Pourquoi deux localisations différentes ? À quelles dates les documents ont-ils été établis ? Par qui ? Sur la base de quelles informations cadastrales ou topographiques ? Quel document a servi de fondement à la procédure de cession ? Autant de questions auxquelles une enquête documentaire et contradictoire pourrait apporter des réponses.
La plainte cite également Jean-Baptiste NGIANDOUNGOU, présenté comme signataire du premier avis d’affichage, et demande que les circonstances entourant cet acte soient vérifiées.
Ce sont précisément ces vérifications, et non les déclarations des uns ou des autres, qui permettront de départager les versions.
Les 41 980 950 FCFA : une somme qui appelle des preuves, pas des suppositions
Autre élément central : la somme de 41 980 950 FCFA qui aurait été versée au Trésor public dans le cadre de la procédure de cession foncière. Fabien NGONDA demande au Parquet de ne pas se contenter d’affirmations, mais de procéder à des vérifications concrètes :
la quittance existe-t-elle réellement ?
est-elle authentique ? le montant a-t-il effectivement été encaissé ? à quelle date ? dans quel compte ou quelle caisse ? les archives du Trésor public le confirment-elles ? les archives de l’ANUTTC concordent-elles avec ces informations ?
La démarche est difficilement plus claire : retrouver les traces comptables et administratives d’une opération financière de près de 42 millions de FCFA.
Si le paiement a bien été effectué, les documents officiels devraient permettre de le démontrer. S’il existe une discordance, celle-ci devra également être expliquée.
Dans un dossier aussi sensible, la vérité ne devrait pas dépendre d’une bataille de déclarations. Elle doit pouvoir se lire dans les archives, les registres, les quittances et les actes originaux.
Le rapport d’expertise de 2021, pièce maîtresse du puzzle
La plainte remet également au premier plan le rapport d’expertise judiciaire n°01601/ANUTTC/DG/DC du 21 juillet 2021. Selon Fabien NGONDA, ce rapport établit une distinction entre les secteurs de Malibé 1 et du Premier Campement. Cette distinction, si elle est confirmée par le document lui-même, est déterminante pour comprendre les contradictions alléguées dans le dossier.
Elle soulève notamment une interrogation simple mais essentielle : les différents actes administratifs produits au fil de la procédure correspondent-ils réellement au même terrain, au même périmètre et à la même situation foncière ? C’est là que l’expertise indépendante des enquêteurs et, le cas échéant, de la justice devient indispensable.
Des oppositions de 2014 et 2025 dont Fabien NGONDA réclame l’examen
Autre grief formulé : le sort réservé aux oppositions administratives introduites par Fabien NGONDA en 2014, puis en 2025. Le plaignant affirme que ces démarches n’auraient pas reçu de réponse satisfaisante et soutient que l’exercice effectif de ses droits aurait été entravé.
Là encore, une question objective peut être posée : que disent les archives ? Les oppositions ont-elles été enregistrées ? À quelles dates ? Par quels services ? Quelles suites leur ont été données ? Qui a pris les décisions correspondantes ? Les intéressés en ont-ils été régulièrement informés ?
Ce sont des questions administratives simples, mais leurs réponses pourraient être déterminantes pour comprendre l’histoire complète du dossier.
Au-delà du terrain : une bataille devenue aussi judiciaire et médiatique
Le conflit ne se limite désormais plus aux seules questions de cadastre et de propriété. Fabien NGONDA évoque également des propos qu’il estime attentatoires à l’honneur et à la considération de son fils, ainsi que certaines démarches et publications médiatiques qu’il considère comme préjudiciables à ses intérêts.
Sur ce terrain également, la prudence s’impose : les faits dénoncés devront être établis et leur éventuelle qualification juridique relève des autorités compétentes. Mais une chose apparaît clairement : le contentieux a changé d’échelle.
Ce qui pouvait autrefois être présenté comme un simple différend foncier oppose désormais des versions contradictoires sur des documents administratifs, des procédures, des paiements, des expertises et le traitement de recours.
Le 29 septembre 2026, nouvelle étape devant les juridictions civiles
Et l’histoire est loin d’être terminée. Une audience civile est annoncée pour le 29 septembre 2026, tandis que les nouvelles plaintes pénales sont désormais soumises à l’appréciation du Parquet de Libreville. Cette concomitance rappelle une évidence : le dossier reste pendant.
Toute affirmation publique laissant entendre que l’affaire serait définitivement réglée devrait donc être maniée avec la plus grande précaution tant que les procédures en cours n’ont pas produit leurs effets.
Monsieur le Président de la République, l’État de droit se mesure aussi dans ces dossiers
C’est précisément à ce stade qu’une interpellation des autorités de tutelle prend tout son sens. Monsieur le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, les Gabonais attendent de l’État qu’il garantisse la même justice à tous. Il ne s’agit pas de demander à l’exécutif de se substituer aux magistrats, ni de dicter à la justice le contenu de ses décisions.
Il s’agit de rappeler un principe autrement plus important : aucun citoyen ne devrait avoir à disposer de relations, de moyens considérables ou d’une position particulière pour obtenir que ses plaintes soient examinées sérieusement.
Lorsqu’un dossier foncier traîne pendant plus d’une décennie, lorsque des documents sont contestés, lorsque des responsables administratifs sont cités et lorsque des montants financiers importants doivent être vérifiés, la réponse de l’État ne peut être l’indifférence.
Elle doit être la transparence, la traçabilité, la célérité de l’instruction et, surtout, l’application impartiale de la loi.
Si Fabien NGONDA a tort, qu’il soit définitivement établi qu’il a tort. Si les documents qu’il conteste sont réguliers, qu’ils soient authentifiés et expliqués.
Si les accusations formulées contre Olivier NDI ou contre certains responsables administratifs sont infondées, que l’enquête permette de le démontrer.
Mais si des irrégularités sont effectivement établies, alors leurs auteurs, quels que soient leur statut ou leur fonction, devront répondre de leurs actes devant les juridictions compétentes. C’est précisément cela, l’État de droit.
La question n’est plus seulement de savoir à qui appartient le terrain
Au fond, l’enjeu dépasse désormais la seule parcelle du Premier Campement. La véritable question est celle de la fiabilité des procédures administratives et de la capacité des institutions à produire une vérité vérifiable lorsqu’un citoyen conteste un acte qui porte atteinte, selon lui, à ses droits.
Fabien NGONDA affirme ne poursuivre qu’un objectif : « la manifestation de la vérité ».
Cet objectif mérite d’être pris au sérieux — non parce que sa version devrait être considérée comme automatiquement exacte, mais parce que seule une enquête complète, contradictoire et indépendante permettra précisément de savoir qui dit vrai.
Olivier NDI, la SCI Résidences Pour Tous et les responsables administratifs cités disposent, eux aussi, de la présomption d’innocence et du droit de faire valoir leurs explications et leurs pièces.
Mais ce droit ne doit pas être confondu avec le droit au silence institutionnel. Après plus de dix ans de procédure, les questions doivent maintenant recevoir des réponses.
Les documents doivent parler. Les archives doivent parler. Les comptes doivent parler. Les expertises doivent parler. Et, au bout du compte, la justice doit trancher. Car dans cette affaire, ce n’est pas seulement le sort d’une parcelle qui est en jeu. C’est la confiance d’un citoyen dans la capacité de la République à protéger ses droits.
Valéry M














