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ÉDUCATION NATIONALE : quatre ans sans renouvellement des chefs d’établissements, l’administration scolaire à l’épreuve de ses propres dérives

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Alors que le Gabon entend refonder ses institutions et améliorer la qualité de son système éducatif, le fonctionnement de l’administration scolaire suscite de sérieuses interrogations. Depuis quatre ans, selon des enseignants indignés, les responsables de plusieurs établissements scolaires et structures pédagogiques n’auraient fait l’objet d’aucun renouvellement significatif, malgré des départs en stage, des dépassements de l’âge de la retraite et des situations d’incompétence présumée.

En effet, cette situation interpelle directement l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, dont le passage à la tête de ce département est concerné par ces critiques, et place sa successeure, Jacqueline Ilogue Bignoumba, devant une responsabilité majeure : remettre de l’ordre, restaurer la transparence et faire du mérite le véritable moteur de la gouvernance éducative.

Une administration scolaire figée, quatre années de trop ?

Le constat formulé par des enseignants indignés a de quoi susciter le débat : pourquoi le renouvellement des chefs d’établissement et de plusieurs responsables pédagogiques serait-il resté bloqué pendant quatre ans ? À en croire ces professionnels du secteur, cette inertie administrative aurait contribué à installer un climat d’incertitude dans la gestion des établissements scolaires.

Les fonctions de proviseur, de censeur, de directeur des études ou encore de chef de base pédagogique exigent pourtant une présence effective, une disponibilité permanente et une capacité avérée à encadrer les équipes éducatives. Lorsque certains responsables partent en stage, atteignent l’âge de la retraite ou ne répondent plus aux exigences de leur mission, l’absence de décisions claires sur leur remplacement peut fragiliser l’organisation des services, compliquer la répartition des responsabilités et alimenter le sentiment d’injustice parmi les personnels.

Camélia Ntoutoume-Leclercq interpellée sur le bilan de sa gestion

Ces interrogations ramènent nécessairement au bilan de Camélia Ntoutoume-Leclercq, ministre sortante de l’Éducation nationale. Si les faits rapportés par les enseignants se confirment, l’absence prolongée de renouvellement des responsables scolaires constitue un sujet légitime d’évaluation de la gouvernance administrative du département. Il ne s’agit pas de contester systématiquement le maintien de responsables expérimentés, dont certains accomplissent convenablement leurs missions, mais de comprendre pourquoi les ajustements nécessaires n’auraient pas été opérés en temps opportun.

Une administration publique ne peut durablement fonctionner dans le flou, encore moins lorsqu’elle a la charge de l’éducation de milliers d’élèves. La continuité du service public ne saurait justifier l’immobilisme, pas plus que l’ancienneté ne peut constituer, à elle seule, une garantie d’efficacité. Il appartient donc aux autorités compétentes d’apporter des éclaircissements sur les procédures appliquées, les postes concernés et les éventuelles mesures prises au cours des dernières années.

Jacqueline Ilogue Bignoumba face au défi de la rupture administrative

Nommée le 11 octobre 2026 à la tête du ministère de l’Éducation nationale, Jacqueline Ilogue Bignoumba hérite ainsi d’un dossier qui mérite un examen rigoureux. Sa responsabilité est désormais de transformer les préoccupations exprimées sur le terrain en une démarche concrète d’assainissement administratif. Cela suppose de dresser un état des lieux exhaustif des postes de responsabilité, de vérifier la situation administrative des titulaires, d’identifier les vacances de postes et d’évaluer objectivement les performances des responsables en fonction. Une telle démarche devrait s’appuyer sur des critères transparents, des procédures régulières et des compétences professionnelles clairement établies.

La nouvelle ministre gagnerait également à ouvrir un cadre de concertation avec les syndicats et les représentants des enseignants, afin que les décisions prises ne soient ni arbitraires ni dictées par des considérations personnelles. Le véritable enjeu n’est pas de remplacer systématiquement les anciens responsables par de nouveaux, mais de garantir que chaque poste stratégique soit occupé par une personne compétente, disponible et redevable de ses résultats.

Le mérite et la compétence doivent primer sur les arrangements

Au fond, la revendication des enseignants indignés soulève une question fondamentale : quelle place le mérite occupe-t-il réellement dans la gestion des ressources humaines du système éducatif gabonais ? Il serait injuste de mettre tous les responsables dans le même panier. Certains chefs d’établissement remplissent leurs obligations avec sérieux et méritent d’être maintenus en fonction, tandis que d’autres doivent pouvoir faire l’objet d’une évaluation et, lorsque les manquements sont établis, de mesures appropriées. La modernisation de l’administration scolaire passe par une gestion différenciée des carrières, fondée sur les résultats, l’intégrité, l’assiduité et la capacité à conduire une équipe pédagogique. Elle exige également que les postes ne deviennent ni des privilèges acquis ni des fonctions occupées sans contrôle régulier. Toutefois, toute décision de retrait de responsabilités doit respecter les textes applicables, les droits des agents et les procédures disciplinaires en vigueur.

Dépoussiérer l’administration pour redonner confiance à l’école gabonaise

L’école gabonaise ne peut prétendre à une amélioration durable de ses performances si les dysfonctionnements administratifs qui affectent son organisation ne sont pas traités avec détermination. Le renouvellement des responsables, lorsqu’il est nécessaire, ne doit être ni un règlement de comptes ni une opération de communication, mais un instrument de responsabilisation et de progrès.

À Jacqueline Ilogue Bignoumba revient désormais l’occasion de démontrer que la nouvelle étape de gouvernance peut se traduire par des décisions lisibles, équitables et mesurables. Quant à la gestion de son prédécesseure, elle mérite un examen factuel à la hauteur des préoccupations soulevées par les enseignants.

Car derrière les nominations, les affectations et les fonctions administratives, il y a une réalité qui ne doit jamais être perdue de vue : la qualité de l’encadrement scolaire influence directement les conditions de travail des enseignants et, par conséquent, l’environnement d’apprentissage des élèves. Le Gabon a besoin d’une administration éducative qui avance, qui évalue, qui corrige et qui récompense le mérite. La refondation de l’école commence aussi par là.

Valéry M

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