INDE/ La diplomatie indienne centrée sur le citoyen
Traditionnellement, la diplomatie était comprise comme la conduite des relations bilatérales entre les États, principalement axée sur les négociations concernant les questions politiques, économiques et de sécurité. Cependant, l’avènement du XXIᵉ siècle, marqué par de profonds bouleversements dus à la mondialisation, aux progrès rapides de la science et de la technologie ainsi qu’à l’accroissement de la mobilité internationale, a transformé et élargi le champ d’action de la diplomatie en y intégrant de nouvelles dimensions.
L’Inde n’est pas restée à l’écart de cette évolution. Elle a adopté une politique étrangère dont le principe fondamental est une diplomatie centrée sur le citoyen. Cette politique place le bien-être, la sécurité et les intérêts des citoyens indiens au cœur de l’action diplomatique. Les citoyens deviennent ainsi des acteurs essentiels des relations extérieures du pays, ce qui a conduit le ministère des Affaires étrangères à être davantage attentif et réactif à leurs besoins.
Comment cette approche a-t-elle évolué ?
Jusqu’à la fin du XXᵉ siècle, les Indiens résidant à l’étranger (NRIs – Non-Resident Indians) et les personnes d’origine indienne n’occupaient pratiquement aucune place dans les politiques gouvernementales. Ils étaient considérés comme des individus ayant quitté l’Inde pour poursuivre leurs intérêts personnels, sans contribuer au développement du pays.
Toutefois, au début du XXIᵉ siècle, il est apparu clairement que ces communautés contribuaient non seulement à l’économie nationale grâce aux transferts de fonds et aux investissements, mais jouaient également un rôle important dans la vie politique et institutionnelle de leurs pays de résidence.
L’importance de la diaspora indienne est illustrée par le fait qu’elle compte aujourd’hui plus de 35,4 millions de personnes — soit davantage que la population combinée de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande — et qu’elle a transféré 135,46 milliards de dollars américains vers l’Inde au cours du dernier exercice financier.
En outre, de nombreuses personnes d’origine indienne occupent désormais des postes de premier plan dans les universités, les institutions de recherche et les gouvernements étrangers, ce qui souligne leur importance dans le calcul stratégique de la politique étrangère indienne.
Ces dernières années, les gouvernements indiens ont commencé à accorder une attention particulière à cet immense réservoir de talents et de ressources. L’organisation annuelle du Pravasi Bharatiya Sammelan (Convention des Indiens de la diaspora) et la remise des Pravasi Bharatiya Awards ont renforcé les liens avec les personnalités éminentes de la diaspora. Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères a lancé de nombreuses initiatives visant à assurer le bien-être des citoyens indiens se rendant à l’étranger pour travailler, faire des affaires ou poursuivre leurs études.
Les principales caractéristiques de la diplomatie centrée sur le citoyen
Ces initiatives couvrent l’ensemble du parcours du citoyen, depuis la demande de passeport et de visa jusqu’au voyage, au séjour sécurisé à l’étranger et au retour en Inde.
Face à l’augmentation du nombre d’Indiens souhaitant voyager à l’étranger, le gouvernement a ouvert de nouveaux bureaux de délivrance des passeports, créé des centres de demande dans tous les districts, numérisé les procédures administratives et développé le nombre d’aéroports internationaux afin de faciliter les déplacements internationaux.
Le programme PDOT (Prior to Departure Orientation and Training), destiné à préparer les voyageurs avant leur départ, a été mis en place. Le gouvernement a également instauré le Pravasi Bharatiya Bima Yojana, un régime d’assurance santé destiné aux Indiens vivant ou travaillant à l’étranger.
Des accords de migration et de mobilité ont été conclus avec huit pays, tandis que des accords de sécurité sociale ont été signés avec dix-neuf pays afin de garantir de meilleures conditions de travail aux travailleurs indiens expatriés.
Une application numérique, e-Migrate, a également été lancée afin d’informer les citoyens sur les règles et réglementations applicables à l’étranger.
Le portail multilingue d’assistance MADAD, accessible 24 heures sur 24, apporte son aide aux citoyens indiens en difficulté. Il vérifie notamment les visas de travail, la situation des employeurs ainsi que les garanties d’assurance offertes aux travailleurs avant leur départ.
Le gouvernement a également ouvert davantage d’ambassades et de consulats afin de mieux répondre aux besoins des citoyens indiens établis à l’étranger. Dans chaque mission diplomatique, une cellule dédiée à la communauté indienne, distincte du service consulaire, a été créée pour veiller au bien-être des ressortissants indiens.
Par ailleurs, un Fonds de protection de la communauté indienne a été institué dans l’ensemble des missions diplomatiques afin de fournir une assistance d’urgence, notamment sous forme d’hébergement temporaire, d’aide juridique et de billets d’avion pour permettre le rapatriement des Indiens démunis ou bloqués à l’étranger.
En outre, les ambassades de l’Inde organisent régulièrement des journées portes ouvertes afin d’écouter les préoccupations de la communauté indienne et d’y apporter des réponses.
Enfin, le gouvernement a mené avec succès plusieurs opérations d’évacuation de citoyens indiens bloqués dans des zones touchées par des conflits. Les opérations conduites en Ukraine, au Soudan du Sud et au Yémen figurent parmi les exemples les plus récents.
LES DÉFIS
La diplomatie centrée sur le citoyen fait également face à plusieurs difficultés.
L’augmentation constante du nombre d’Indiens se rendant à l’étranger pour des raisons professionnelles, commerciales, éducatives ou touristiques exerce une forte pression sur les missions diplomatiques, qui souffrent déjà d’un manque de personnel et de ressources financières.
Apporter une assistance efficace à la communauté indienne dans des pays en guerre constitue également un défi majeur en raison de l’instabilité des situations locales.
Par ailleurs, la désinformation diffusée par certains intermédiaires frauduleux (« touts »), les fausses informations relayées sur les réseaux sociaux ainsi que la diversité des systèmes juridiques nationaux compliquent davantage la protection des citoyens.
La voie à suivre
L’affectation de personnels qualifiés en nombre suffisant, l’octroi de ressources financières adéquates aux missions diplomatiques et une formation approfondie des agents avant leur affectation permettraient d’atténuer ces difficultés.
La formation préparatoire au départ devrait devenir obligatoire pour tous les citoyens indiens quittant le pays pour travailler ou étudier à l’étranger.
Il est également indispensable de lutter fermement contre les intermédiaires malhonnêtes qui trompent les futurs migrants.
Conclusion
Il est encourageant de constater que l’importance du citoyen dans la diplomatie indienne est désormais pleinement reconnue et que le gouvernement s’efforce de répondre à ses préoccupations avec objectivité et dans un esprit constructif.
Grâce à une augmentation des ressources consacrées aux missions diplomatiques et à une lutte plus rigoureuse contre les réseaux d’intermédiaires frauduleux, la diplomatie indienne centrée sur le citoyen sera sans aucun doute encore plus efficace à l’avenir.
Par l’Ambassadeur Jeitendra Kumar Tripathi (à la retraite)





















