FRONT SOCIAL/ SETRAG : Christian MAGNI au banc des accusés – le management sur les rails de l’échec ?
Derrière les médailles de Saint-Éloi, les discours sur la responsabilité sociétale et les engagements affichés en faveur de la gabonisation des emplois, se cache une réalité sociale de plus en plus préoccupante à la Société d’exploitation du Transgabonais (SETRAG). Entre soupçons d’entraves aux libertés syndicales, précarisation durable des travailleurs, faible représentativité des nationaux aux postes stratégiques et opacité dans la gestion des ressources humaines, le malaise grandit. Face à ce qu’elle considère comme des dérives managériales inacceptables, la FETRAG-SETRAG hausse le ton.
Et si le véritable déraillement du Transgabonais était aujourd’hui celui de sa gouvernance sociale ?
Le Transgabonais transporte quotidiennement des hommes, des marchandises et des espoirs économiques. Mais à l’intérieur de cette entreprise stratégique pour le développement du Gabon, le climat social semble dangereusement s’éloigner des standards de dialogue, d’équité et de responsabilité que devrait incarner une société de cette envergure. Alors que la Direction générale de la SETRAG, conduite par Christian Magni, multiplie les communications valorisant ses distinctions, notamment à l’occasion de la Saint-Éloi, ainsi que ses engagements en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), les travailleurs, eux, décrivent une tout autre réalité. Une réalité faite de frustrations, de revendications non satisfaites et de tensions persistantes.
Au centre des critiques : un management que les représentants du personnel jugent autoritaire, opaque et incapable d’instaurer un dialogue social véritablement constructif. La FETRAG-SETRAG, loin de vouloir se soumettre à une quelconque logique d’intimidation, entend rappeler une évidence : le respect des droits des travailleurs n’est ni une faveur patronale ni une option de gestion. C’est une obligation légale.
UN SYNDICALISME INDÉPENDANT FACE À UNE DIRECTION QUI SEMBLE NE PAS SUPPORTER LA CONTRADICTION
C’est l’un des griefs les plus préoccupants soulevés par la FETRAG-SETRAG : les rapports entre la Direction des ressources humaines et les organisations syndicales. Dans une récente communication, le bureau syndical dénonce une attitude qu’il estime incompatible avec les principes fondamentaux de liberté syndicale. « Depuis la création du syndicat FETRAG-SETRAG, la Direction des ressources humaines semble éprouver des difficultés à composer avec une nouvelle réalité : celle d’un syndicalisme indépendant, qui maîtrise les textes et refuse de considérer les décisions de l’employeur comme incontestables », déplore-t-il.
Une déclaration lourde de sens. Elle traduit le malaise d’une organisation syndicale qui revendique simplement le droit d’exercer pleinement ses prérogatives, de défendre les intérêts matériels et moraux des salariés et d’exiger l’application rigoureuse du Code du travail. Or, selon les dénonciations du syndicat, cette posture aurait été accueillie par une multiplication de demandes d’explications et de convocations à des entretiens préalables visant certains responsables syndicaux, y compris pour des faits liés à l’exercice de leurs mandats. Si ces accusations sont établies, elles soulèveraient de sérieuses interrogations quant au respect des libertés syndicales au sein de l’entreprise.
Les leaders de la Fetrag-Setrag soulignent qu’une direction générale qui considère la contradiction comme une menace plutôt que comme un instrument d’amélioration de la gouvernance sociale prend le risque de transformer le dialogue en confrontation. Christian Magni doit comprendre qu’une entreprise moderne ne se pilote pas par la pression, encore moins par la mise au pas des représentants des travailleurs. La FETRAG-SETRAG n’a pas vocation à être une chambre d’enregistrement des décisions patronales !
DIX ANS DE PRÉCARITÉ : QUELLE RESPONSABILITÉ SOCIALE POUR LA SETRAG ?
Autre dossier particulièrement sensible : la situation des travailleurs mis à disposition par les sociétés Segas Rail, HSD, STVB et Humanis. Selon les informations portées par les représentants du personnel, certains de ces agents exerceraient depuis plus de dix ans au sein de l’environnement professionnel de la SETRAG, sans perspective clairement définie d’intégration dans les effectifs de l’entreprise.
Dix années de service, d’engagement et parfois d’exposition aux mêmes risques opérationnels que les cheminots directement employés par la société, mais avec des conditions statutaires et des avantages qui seraient différents. Cette situation, dénoncée par la FETRAG-SETRAG, pose une question fondamentale : peut-on durablement bénéficier du travail et de l’expérience de collaborateurs sans leur offrir de véritables perspectives professionnelles ? Où se trouve, dans cette politique de gestion de la main-d’œuvre, la justice sociale que la SETRAG prétend promouvoir à travers ses engagements RSE ? Plus encore, comment concilier cette situation avec les discours sur la nationalisation des emplois et la valorisation du capital humain gabonais ?
La responsabilité sociale d’une entreprise ne se mesure pas uniquement au nombre de conventions signées ou aux distinctions reçues lors des cérémonies officielles. Elle se mesure aussi à la dignité accordée à chaque travailleur, à la reconnaissance de son ancienneté et à ses perspectives d’évolution. Sur ce terrain, la Direction générale est aujourd’hui interpellée.














