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Ex-Agents de Gabon Poste : vingt ans d’attente, de souffrance et d’espoir — l’appel de détresse adressé au Président Oligui Nguema

Vingt années après la liquidation de Gabon Poste, les ex-agents de cette entreprise publique continuent de vivre dans une précarité devenue insoutenable. Deux décennies de promesses inachevées, de démarches administratives répétées et d’attente interminable qui ont profondément fragilisé des centaines de familles gabonaises.

À travers une nouvelle correspondance adressée au Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le Bureau du Collectif des Ex-Agents de Gabon Poste Liquidée en 2006 relance l’un des dossiers sociaux les plus sensibles et les plus anciens du pays.

Datée du 11 juin 2025 et enregistrée au Bureau du Courrier de la Présidence de la République, cette lettre signée par Aya Zomo Félicien, Ikapi Jacques, Boudiala Boniface Roux, Bayonne Chérubin Claver et Matsalou Tsioba Amélie sollicite le paiement urgent de l’indemnité dite « transactionnelle », deuxième volet du plan social demeuré impayé depuis la liquidation de l’entreprise en 2006.

Une dette sociale devenue un véritable drame humain

Selon le collectif, 797 anciens agents restent concernés par cette mesure sociale non exécutée, parmi lesquels près de 70 % de femmes aujourd’hui pour la plupart âgées et vulnérables. Derrière ces chiffres se cache une réalité sociale particulièrement éprouvante : plus de 12 000 personnes — enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants compris — seraient indirectement affectées par cette crise qui perdure depuis près de vingt ans.

Au fil des années, de nombreux anciens employés affirment avoir perdu toute stabilité financière. Certains vivent sans couverture sanitaire, sans pension décente et sans revenus suffisants pour faire face aux besoins élémentaires du quotidien. Le collectif évoque également plus de 150 décès enregistrés parmi les ex-agents depuis le début de cette longue bataille sociale, conséquence, selon eux, de la pauvreté, de la détresse morale et du sentiment d’abandon.

Malgré cette situation dramatique, les ex-agents disent avoir toujours privilégié le dialogue, la concertation et les voies pacifiques plutôt qu’un affrontement judiciaire brutal, dans l’espoir qu’une solution juste et consensuelle puisse enfin être trouvée.
Vingt années de démarches administratives restées sans issue
Depuis la liquidation de Gabon Poste, le collectif multiplie les courriers, relances et plaidoyers auprès des plus hautes autorités de l’État afin d’obtenir réparation.

Parmi les nombreuses références administratives évoquées figurent notamment :

la Lettre N°000988/PR/SG du 12 avril 2023 émanant du Secrétariat Général de la Présidence de la République ;

la Lettre N°691.22/PR/ANAVEA/CAB-VG du 04 octobre 2022 adressée au ministère du Budget ;

la correspondance du Collectif du 12 mai 2023 transmise au ministère du Budget avec accusé de réception ;

le courrier adressé au liquidateur de Gabon Poste le 04 juin 2010 ;

le document relatif à l’Historique du Plan Social reçu par le ministère du Budget et des Comptes Publics le 16 septembre 2019 ;

les différents “Soit-Transmis” envoyés en avril 2023 à l’ancien Premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze, au ministère du Budget et à l’ANAVEA ;

les correspondances adressées au ministère de l’Économie et de la Relance en juillet 2022 ;

les échanges entre la Cour des Comptes, le collectif et les autorités présidentielles en novembre 2020 ;
ainsi que les références administratives liées à l’Arrêté 044/06 du 1er avril 2006 et au communiqué final du Conseil des ministres du 22 décembre 2005 publié dans le quotidien L’Union.

Autant de démarches qui traduisent non seulement la persévérance de ces anciens travailleurs, mais également l’immense lassitude qui gagne progressivement les victimes de ce dossier devenu emblématique des lenteurs administratives.

Le précédent Gabon Télécom au cœur du plaidoyer

Pour étayer leur requête, les ex-agents rappellent que la Commission Interministérielle de Privatisation de Gabon Poste du 13 septembre 2006 avait validé les conclusions du cabinet américain d’audit Decision Analysis Partners, mandaté par l’État gabonais entre 2004 et 2006.

Les conclusions issues de la synthèse exécutive et des ateliers techniques, notamment celles relatives au « Plan Social », faisaient référence au modèle appliqué à Gabon Télécom comme base de travail et source jurisprudentielle.
Dans ce cadre, la “Fiche Technique” N°00510-12/MEEDDD/CABM/CP du 03 mai 2012, signée par le Secrétaire du Comité de Privatisation, confirme que le personnel déflaté de Gabon Télécom avait bénéficié d’une indemnité transactionnelle équivalente à 40 mois de salaire, toutes catégories confondues. Les personnels externalisés avaient également bénéficié du même traitement, en plus du Fonds d’Insertion et de Réinsertion (FIR-1 et FIR-2), conformément à la lettre N°00651-12/MEEDD/CABM/CP du 11 juin 2012.
Or, selon le collectif, les ex-agents de Gabon Poste attendent toujours, depuis vingt ans, le paiement de cette seule indemnité transactionnelle pourtant réclamée au nom du principe d’équité et de jurisprudence sociale.

Par ailleurs, le dossier N°1677.07 de la Société Civile Professionnelle d’Avocats Ntoutoume & Mezher Mouloungui, relatif à l’affaire opposant les ex-agents de Gabon Poste à la liquidation de Gabon Poste, demeure pendant devant le Tribunal social de Libreville. Cette procédure porte notamment sur l’élaboration d’un plan social, le paiement des droits légaux ainsi que des dommages et intérêts.

Un appel solennel à la vision sociale du Président Oligui Nguema

Dans leur correspondance, les ex-agents saluent la vision de gouvernance portée par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, notamment son engagement affiché en faveur de la justice sociale, de la protection des citoyens et de l’amélioration des conditions de vie des Gabonais.

Le collectif affirme avoir été particulièrement marqué par le discours présidentiel du 3 mai 2025, au cours duquel le Chef de l’État appelait à une gouvernance plus responsable, à la solidarité nationale et à la préservation de la dignité du peuple gabonais.

Pour ces anciens agents, l’avènement de la Cinquième République représente désormais un immense espoir. Beaucoup considèrent aujourd’hui le Président de la République comme leur ultime recours, capable d’apporter une réponse humaine, juste et définitive à une crise sociale qui dure depuis trop longtemps.

Une urgence sociale devenue un symbole de justice et de dignité

Au-delà d’un simple contentieux administratif, le dossier des ex-agents de Gabon Poste soulève une question profondément humaine : celle de la responsabilité sociale de l’État envers des travailleurs ayant consacré une partie de leur vie au service public.
Après vingt années d’attente, nombreux sont ceux qui estiment qu’il devient urgent qu’une réponse concrète soit enfin apportée à ces anciens employés aujourd’hui confrontés à la précarité, à la maladie et à l’oubli.

Dans un contexte où les plus hautes autorités affirment vouloir bâtir un Gabon plus juste, plus équitable et plus solidaire, la résolution de ce dossier apparaît désormais comme un test majeur de crédibilité sociale et de restauration de la confiance entre l’État et les citoyens. Car derrière les procédures, les chiffres et les correspondances administratives, ce sont des hommes, des femmes et des familles entières qui espèrent encore retrouver leur dignité.

Par Valéry M

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