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Retour sur la déclaration du 15 janvier 2026 du Procureur général Eddy Minang, contre les dérives policières et judiciaires

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Dans une déclaration ferme et sans ambiguïté, effectuée le 15 janvier dernier, le Procureur général près la Cour d’appel de Libreville, Dr Eddy Minang, avait haussé le ton contre les pratiques irrégulières observées au sein de certains corps habillés. Une sortie publique qui, au-delà du rappel à l’ordre, s’inscrit comme un véritable plaidoyer pour le respect strict de l’État de droit au Gabon, à l’aube de la 5ᵉ République.

Le Procureur général Eddy Minang s’exprimant aux côtés de ses collègues…

En effet, le 15 janvier dernier, face à la presse nationale et internationale, le magistrat avait dressé un constat préoccupant des dérives persistantes, tout en réaffirmant avec vigueur les principes fondamentaux qui doivent encadrer l’action des officiers de police judiciaire.

Des pratiques dénoncées avec fermeté

Au cœur de son intervention, le Procureur général avait pointé des comportements qu’il juge incompatibles avec les exigences légales et éthiques. Il a notamment dénoncé l’initiative de certains officiers qui engagent des procédures sans en référer préalablement à l’autorité judiciaire compétente :

« Il est donc inadmissible que des officiers de police judiciaire engagent des actions, mènent des enquêtes, puis rendent compte a posteriori au procureur, le plaçant ainsi devant le fait accompli. »

Cette critique met en lumière un dysfonctionnement structurel qui fragilise la chaîne pénale et compromet la crédibilité de la justice. En agissant en dehors du cadre légal, ces pratiques exposent les procédures à des nullités et alimentent la défiance des citoyens envers les institutions.

Le Procureur général Eddy Minang

Plus grave encore, le Procureur avait dénoncé des abus manifestes touchant directement les droits des citoyens, notamment en matière de contrôle administratif :

« La détention d’un récépissé ou d’une attestation provisoire ne constitue pas une infraction. Les dysfonctionnements de l’administration ne peuvent être imputés aux citoyens. »

Un rappel essentiel dans un contexte où les lenteurs administratives sont souvent instrumentalisées pour justifier des interpellations abusives.

L’illégalité de certaines pratiques financières

Le magistrat s’est également insurgé contre les dérives financières observées dans certaines unités, rappelant avec précision le cadre légal en vigueur :

« L’article 267 du Code de procédure pénale fixe l’amende forfaitaire à 10 000 FCFA, uniquement pour les contraventions. Toute amende doit donner lieu à la délivrance d’une quittance officielle. »

Au-delà de cette précision, il avait dénoncé des pratiques illégales telles que les règlements transactionnels imposés ou encore le paiement exigé pour le retrait de plaintes :

« Nous dénonçons également la persistance des convocations par appel téléphonique, des règlements transactionnels illégaux et du paiement imposé pour le retrait de plaintes. »

Autant de dérives qui, selon plusieurs observateurs, alimentent une économie informelle nuisible à l’image de la justice et à la confiance du public.
Une confusion des compétences inquiétante

Autre point majeur soulevé : l’ingérence de certaines unités judiciaires dans des domaines qui ne relèvent pas de leur compétence. Le Procureur général a été catégorique :

« Il nous est régulièrement signalé que des unités judiciaires continuent de traiter les affaires qui ne relèvent pas de leur compétence (…) Aucune de ces matières ne relève de la compétence de la police judiciaire. »

En s’immisçant dans des litiges civils ou sociaux – recouvrement de dettes, loyers impayés, conflits fonciers –, certains agents contribuent à brouiller les frontières entre justice pénale et justice civile, au détriment de la lisibilité du système judiciaire.

La protection des libertés individuelles au cœur du message

Dans une déclaration particulièrement forte, le Procureur général avait rappelé les limites strictes du pouvoir coercitif :

« Il est illégal de retenir une personne, un véhicule ou des documents pour non-paiement immédiat. Une telle rétention constitue une séquestration. »

Un propos qui résonne comme un avertissement clair contre les abus d’autorité, souvent dénoncés par la société civile.

Il avait également insisté sur les règles encadrant les contrôles routiers et les interactions avec les usagers :

« Les contrôles doivent s’effectuer dans le strict respect des règles (…) il n’appartient jamais à l’usager de se déplacer vers l’agent : c’est à l’agent d’aller vers l’usager. »

Un engagement fort pour une justice plus crédible

Au-delà des critiques, cette sortie publique marque un engagement résolu du Procureur général en faveur d’une réforme des pratiques et d’un retour à la rigueur professionnelle. En rappelant que « nous sommes au début de la 5ᵉ République, certaines dérives doivent cesser immédiatement », Eddy Minang inscrit son action dans une dynamique de renouveau institutionnel.

Son discours apparaît ainsi comme un signal fort adressé à l’ensemble des corps habillés : celui d’une exigence accrue de professionnalisme, de transparence et de respect des droits fondamentaux.

Un message porteur d’espoir pour les citoyens

Dans un contexte où les abus policiers et judiciaires peuvent fragiliser le lien de confiance entre l’État et les citoyens, cette prise de position est largement saluée. Elle rappelle que la justice demeure le garant ultime des libertés individuelles et que nul n’est au-dessus de la loi.

En réaffirmant des principes simples mais essentiels – gratuité du dépôt de plainte, respect des procédures, encadrement strict des contrôles –, le Procureur général contribue à restaurer une culture de légalité et de responsabilité.

Cette déclaration du 15 janvier dernier, devrait, tout au long de la 5ème République, marquer un tournant décisif, à condition qu’elle soit suivie d’effets concrets sur le terrain. Car au-delà de la bonne volonté de ce brillant magistrat à changer la donne, c’est bien la transformation des pratiques qui déterminera la crédibilité durable de l’appareil judiciaire gabonais.

Valéry M

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