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VIE CHÈRE AU GABON : Gaston Midoungani, Ghislain Malanda et Pierre Mintsa, pointent les inégalités et réclament des réponses concrètes

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Alors que la flambée des prix des produits de première nécessité, les difficultés d’accès au carburant et le poids des dépenses quotidiennes continuent de fragiliser le pouvoir d’achat des ménages gabonais, la problématique de la vie chère s’impose plus que jamais dans le débat public. Invités de l’émission Plateau spécial, diffusée sur la première chaîne de télévision gabonaise, Pierre Mintsa, acteur syndical, Ghislain Malanda, présidente du mouvement Sauvons la République, et Gaston Midoungani, acteur de la société civile, vice-président de la FEG, ont livré des analyses convergentes sur les inégalités économiques et sociales.

Instantané du passage des acteurs de la société civile, sur l’émission Plateau Spécial à la Première chaîne 

À travers des interventions sans détour, les trois personnalités ont mis en évidence le fossé entre les conditions de vie des populations aux revenus modestes et les avantages dont bénéficient certaines catégories de responsables publics. Au-delà du constat, leurs prises de parole soulèvent une question fondamentale : comment garantir une répartition plus juste des efforts collectifs et construire des mécanismes durables de protection du pouvoir d’achat ?

Au Gabon, la vie chère ne se résume plus à la hausse du prix de quelques produits sur les étals des marchés. Elle s’invite dans tous les aspects de l’existence : se nourrir, se loger, se déplacer, accéder à l’eau potable et à l’électricité, sans oublier les dépenses liées à l’éducation et à la santé. Pour les ménages les plus modestes, chaque dépense supplémentaire réduit davantage une marge financière déjà étroite. Pour certains, joindre les deux bouts relève désormais d’un exercice quotidien, entre arbitrages douloureux et renoncements successifs.

C’est dans ce contexte que l’émission Plateau spécial a consacré ses échanges à la problématique du coût de la vie, en donnant la parole à trois acteurs de la société civile. Leurs interventions ont permis de mettre en perspective les difficultés rencontrées par les salariés à faibles revenus, les étudiants, les petits commerçants et, plus largement, les populations confrontées à la précarité.

Derrière les chiffres et les débats sur la régulation des prix, une réalité s’impose : lorsque les dépenses essentielles augmentent plus rapidement que les ressources disponibles, le pouvoir d’achat se contracte et la vulnérabilité sociale s’accentue. La question n’est donc pas seulement de savoir combien coûtent les produits et les services, mais également de déterminer qui supporte le plus lourdement le poids de leur renchérissement.

Gaston Midoungani : « Ceux qui ont les moyens doivent aussi contribuer à soulager ceux qui souffrent »

Pour sa part, Gaston Midoungani a choisi d’illustrer la vie chère à partir des réalités sociales observables dans les quartiers populaires de Libreville. Évoquant notamment les habitants de PK8 et de Kinguélé, il a opposé les contraintes financières des ménages modestes aux conditions de vie de personnes disposant de revenus élevés et d’avantages professionnels.

Son intervention s’appuie sur un contraste saisissant : d’un côté, les citoyens qui doivent calculer chaque dépense pour assurer leur alimentation et leurs déplacements ; de l’autre, ceux dont les revenus et les facilités de prise en charge leur permettent d’absorber plus aisément les hausses de prix.

« Ceux qui souffrent le plus de la vie chère sont ceux qui n’ont pas suffisamment de moyens. Pour une famille vivant dans un quartier populaire, il faut d’abord trouver de quoi prendre le petit-déjeuner, payer le transport et satisfaire les besoins essentiels. Cette réalité n’est pas la même pour une personne qui dispose d’un revenu élevé et dont certaines dépenses sont prises en charge. »

À travers cette comparaison, Gaston Midoungani insiste sur le caractère profondément inégal des effets de la vie chère. Une même augmentation du prix du carburant ou des denrées alimentaires n’entraîne pas les mêmes conséquences pour tous. Pour un ménage aux revenus confortables, elle peut représenter une dépense supplémentaire absorbable. Pour une famille vivant avec un budget serré, elle peut obliger à réduire les quantités achetées, à renoncer à certains besoins ou à solliciter une aide extérieure.

L’acteur de la société civile s’est particulièrement attardé sur les avantages liés aux frais de carburant dans certaines administrations et structures publiques. Il estime que la prise en charge de ces dépenses mérite un examen approfondi, notamment lorsqu’elle concerne des responsables disposant déjà de rémunérations importantes.

« Il faut que les pouvoirs publics examinent sérieusement les avantages accordés en matière de carburant dans les administrations. Lorsqu’un responsable dispose déjà d’un revenu élevé et bénéficie, en plus, de la prise en charge de certaines dépenses, tandis qu’un travailleur modeste assume seul ses frais de transport, la question de l’équité se pose légitimement. »

Pour Gaston Midoungani, l’enjeu dépasse la seule question du carburant. Il concerne plus largement la cohérence entre les avantages accordés aux responsables et les efforts demandés aux citoyens confrontés aux difficultés économiques.

Il appelle ainsi à des décisions fortes de la part du chef de l’État, notamment sur les mécanismes de prise en charge des dépenses professionnelles. Son intervention plaide pour une meilleure maîtrise des avantages publics et pour une attention accrue aux catégories dont les ressources sont les plus limitées.

« Les personnes qui disposent de moyens importants doivent également prendre leur part dans l’effort collectif. L’objectif n’est pas de pénaliser ceux qui ont réussi, mais de veiller à ce que les ressources et les avantages financés par la collectivité soient utilisés de manière juste et transparente. »

Cette perspective soulève un enjeu majeur de gouvernance : comment concilier les nécessités liées au fonctionnement des institutions avec l’exigence d’une gestion rigoureuse des ressources publiques et d’une solidarité effective envers les populations fragilisées ?

Pierre Mintsa : « Qui n’est pas touché par la vie chère ? »

Prenant la parole sur le plateau, Pierre Mintsa, acteur syndical, a placé le débat sur le terrain des revenus et des disparités de conditions de vie. Pour lui, la vie chère concerne une large frange de la population gabonaise, notamment les travailleurs rémunérés au salaire minimum, les agents publics aux revenus modestes, les étudiants et les petits commerçants.

Son interrogation, volontairement directe, résume l’ampleur du problème :

« La véritable question est de savoir qui échappe réellement à la vie chère. Les salariés au SMIG, les travailleurs aux revenus modestes, les étudiants et les petits commerçants en subissent les conséquences au quotidien. Pour tous ceux dont les ressources sont limitées, chaque hausse de prix devient une difficulté supplémentaire. »

À travers cette déclaration, l’acteur syndical souligne que la cherté de la vie ne constitue pas une difficulté isolée, réservée à une catégorie particulière de la population. Elle touche des profils différents, mais avec une intensité variable selon le niveau de revenu, les charges familiales et les avantages sociaux dont chacun peut disposer.

Toutefois, Pierre Mintsa établit une distinction entre les citoyens qui financent leurs dépenses sur leurs revenus personnels et ceux qui bénéficient de moyens de prise en charge professionnels ou institutionnels. Selon son analyse, les responsables publics disposant de certains avantages, notamment pour le carburant, ne ressentent pas nécessairement les hausses de prix avec la même intensité que les salariés qui doivent puiser directement dans leur salaire pour satisfaire leurs besoins.

Il développe ainsi une critique du système de prise en charge de certaines dépenses :

« Lorsqu’un travailleur paie son carburant ou ses achats avec l’argent prélevé sur son salaire, il ressent directement chaque augmentation. En revanche, lorsqu’une personne bénéficie d’une prise en charge de ses frais professionnels, la hausse des prix n’a pas le même impact sur son budget personnel. C’est cette différence de traitement qui mérite d’être examinée. »

Cette observation renvoie à une question centrale de justice sociale : dans quelle mesure les avantages liés à certaines fonctions peuvent-ils accentuer les écarts entre les citoyens face à l’augmentation du coût de la vie ?

Le propos de Pierre Mintsa ne signifie pas que tous les responsables publics seraient épargnés par la vie chère. Il invite plutôt à examiner les différences de ressources et de prise en charge qui déterminent, dans les faits, la capacité de chacun à absorber les augmentations de dépenses.

En filigrane, l’intervenant appelle à une réflexion sur l’équité des politiques publiques, la rémunération des travailleurs et la nécessité de mieux protéger les catégories dont les revenus laissent peu de place aux imprévus.

Ghislain Malanda : « La majorité des Gabonais est confrontée aux difficultés du quotidien »

Dans la même dynamique, Ghislain Malanda, présidente du mouvement Sauvons la République, a élargi le débat en insistant sur l’ampleur sociale du phénomène. À ses yeux, les difficultés liées au coût de la vie concernent une grande partie de la population, particulièrement les personnes dont les revenus ne permettent plus de couvrir sereinement les dépenses essentielles.

Transport, alimentation, eau, électricité : autant de postes budgétaires qui pèsent sur les familles et transforment les gestes ordinaires en préoccupations permanentes.

« La vie chère touche en priorité les populations les plus vulnérables, celles qui se lèvent chaque matin sans savoir comment elles pourront couvrir leurs dépenses de transport, d’alimentation, d’eau et d’électricité. Pour ces ménages, les difficultés économiques ne sont pas des considérations abstraites : elles constituent une réalité quotidienne. »

Cette déclaration met en lumière une dimension essentielle de la crise : la multiplication des dépenses incompressibles. Contrairement à certaines consommations qui peuvent être réduites ou reportées, les besoins en alimentation, en déplacement et en énergie laissent peu de possibilités d’ajustement aux ménages les plus fragiles.

L’intervention de Ghislain Malanda a également porté sur la crise des hydrocarbures et sur les interrogations qu’elle suscite concernant les mécanismes de subvention du carburant.

Pour Malanda, cette crise a contribué à remettre au premier plan la question de l’accès réel des populations aux dispositifs destinés à atténuer le coût de certains produits. Il estime que les avantages associés à ces mécanismes doivent être analysés afin de déterminer dans quelle mesure ils répondent effectivement aux besoins des citoyens les plus exposés.

« La crise des hydrocarbures a remis en lumière une question essentielle : qui bénéficie réellement des mécanismes de subvention et dans quelle mesure ces dispositifs soulagent-ils les ménages les plus modestes ? Il est indispensable d’examiner leur fonctionnement pour s’assurer que l’aide publique profite effectivement à ceux qui en ont le plus besoin. »

Au cœur de cette interpellation se trouve l’exigence d’une meilleure lisibilité de l’action publique. Une politique de soutien aux prix ne peut être appréciée uniquement à travers les sommes engagées par l’État. Elle doit également être évaluée au regard de ses bénéficiaires, de ses effets sur les dépenses des ménages et de sa capacité à limiter les conséquences des fluctuations des prix.

La réflexion défendue par Ghislain Malanda invite ainsi à dépasser le seul débat sur le montant des subventions pour examiner leur efficacité sociale. L’enjeu consiste à déterminer si les ressources publiques mobilisées répondent suffisamment aux difficultés rencontrées par les populations les plus vulnérables.

Une question de justice sociale et de responsabilité collective

Au terme de leurs interventions, Pierre Mintsa, Ghislain Malanda et Gaston Midoungani ont ramené le débat sur une préoccupation essentielle : la vie chère ne se mesure pas uniquement à l’évolution des prix, mais également à la capacité réelle des citoyens à satisfaire leurs besoins fondamentaux.

Leurs prises de parole, bien que formulées selon des approches différentes, se rejoignent sur l’importance des inégalités de revenus, des écarts de conditions de vie et de l’efficacité des mécanismes de solidarité.

Pierre Mintsa interroge les différences de traitement entre les travailleurs qui assument personnellement leurs dépenses et les personnes bénéficiant de prises en charge institutionnelles. Ghislain Malanda insiste sur l’ampleur des difficultés rencontrées par les populations et sur la nécessité d’évaluer l’efficacité des subventions. Gaston Midoungani, quant à lui, plaide pour un examen des avantages accordés à certains responsables et pour une plus grande équité dans la répartition des efforts.

Leurs interventions rappellent ainsi que la lutte contre la vie chère exige une approche globale, associant régulation économique, protection sociale, gestion rigoureuse des ressources publiques et développement de la production nationale. Car derrière chaque augmentation de prix se trouvent des familles contraintes de revoir leurs priorités, des travailleurs dont le salaire s’épuise avant la fin du mois et des citoyens qui attendent des réponses adaptées à leurs réalités.

La véritable mesure de l’efficacité des politiques contre la vie chère réside, en définitive, dans leur capacité à améliorer concrètement les conditions de vie des populations. L’enjeu est de faire en sorte que les mécanismes de soutien public, les choix budgétaires et les réformes économiques se traduisent par un soulagement perceptible pour les ménages les plus fragiles.

Le passage de Pierre Mintsa, Ghislain Malanda et Gaston Midoungani sur la première chaîne de télévision gabonaise aura ainsi remis au centre du débat une exigence fondamentale : celle d’une action publique plus lisible, d’une solidarité mieux organisée et d’une réponse durable aux difficultés quotidiennes des Gabonais.

Valéry M

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