OPINION/ De l’aube de la transition à son crépuscule ?
Le 30 août 2023 a marqué le début d’une nouvelle ère, celle d’une vie renouvelée et d’une vision transformée pour le peuple gabonais ainsi que pour l’ensemble du Gabon. Ce pays, qui se définit comme un État-Nation, est un lieu où diverses sensibilités politiques, religieuses et ethniques cohabitent harmonieusement, établissant une coexistence pacifique qui, jusqu’à présent, a évité les conflits ouverts. Ce vivre ensemble, cimenté par une histoire de tolérance et d’ouverture, a été renforcé par l’événement marquant du 30 août 2023, avec le coup d’État militaire orchestré par le général de brigade Brice Clotaire Oligui NGuema, un acte qui a suscité à la fois espoir et anxiété au sein de la population.
Les promesses de réformes ambitieuses, telles que la construction de nouvelles infrastructures routières, la réforme et la revalorisation des retraites, la levée des restrictions sur les recrutements dans la fonction publique, ainsi que la restauration des bourses scolaires et l’amélioration des conditions de vie pour les Gabonais, ont fait naître un souffle d’optimisme parmi les citoyens. Nous avons célébré avec enthousiasme, chantant et dansant de joie, en réponse aux nombreuses transformations annoncées par celui qui est désormais considéré comme le héros de la nation, le général Oligui NGuema.
Monsieur le président de la République, au cours de cette soirée mémorable, votre main n’a pas tremblé face à l’historicité de l’événement; mais se pourrait-il qu’à ce jour, avec tout le chemin que vous avez parcouru et les efforts déployés durant cette période de transition, votre détermination vacille (cet effort considérable comprenant la révision complète des institutions, le lancement de grands travaux, ainsi que les campagnes référendaire et électorale en vue des élections présidentielles, locales et législatives) ?
Il n’est pas étonnant que certains observateurs expriment leurs inquiétudes et jugent la situation actuelle comme un ensemble de contradictions face aux réformes initialement promises le 30 août 2023.
Je me permets de vous relater mon expérience, Monsieur le Président; j’ai sillonné chaque recoin des quartiers et des villages de la commune de Ntoum et du département du Komo-Mondah, m’efforçant d’expliquer votre vision politique pour notre pays, le nouveau contrat social que vous offrez au Gabon pour les sept années à venir. Une grande majorité du peuple gabonais, estimée à plus de 90 %, a accueilli cette vision avec un enthousiasme palpable.
Cependant, il est important de noter que cette courbe de soutien, qui semblait ascendante, commence à montrer des signes d’inversion alarmants. La question se pose : la crise de confiance entre vous, Monsieur le Président, et le peuple qui vous a élu est-elle désormais irréversible ? À cette question délicate, je suis enclin à répondre de manière nuancée, à la fois par l’affirmative et par la négative.
Oui, la crise de confiance est bel et bien tangible, car vous êtes perçu comme l’incarnation de l’espoir, représentant ainsi le dernier phare pour un peuple gabonais qui a longtemps souffert, et qui, aujourd’hui, semble désillusionné, se sentant laissé-pour-compte. Voilà ce que ressentent, en ce moment, les partisans de l’option du « oui ».
Pour donner encore la voix aux réfractaires à ce pessimisme ambiant, je voudrais parler au nom de ceux qui ont lutté sans relâche pour que vos idées et votre vision pour le Gabon, et qui, bien que minoritaires, continuent d’entretenir l’espoir que des changements significatifs se concrétiseront. Je reste persuadés que vous allez concrétiser tout ce que vous avez annoncé le 30 août 2023 afin de restaurer la dignité du peuple gabonais. Je fais aussi partie de cette minorité, et je crois fermement en un avenir meilleur.
J’ai toute confiance que votre cœur n’a pas changé, et que toutes les promesses que vous avez faites seront tendues avec soin à travers l’effort, peu importe le temps que cela nécessitera. Mon optimisme est ancré dans la conviction que ce scénario ne pourra pas être différent, car il en va de notre avenir commun.
En dernier lieu, je reste convaincu que, malgré les difficultés, vous ne pourriez jamais abandonner votre peuple dans la tourmente. Il est crucial, Monsieur le Président, que vous vous dissociiez des éléments qui pourraient freiner votre action politique en direction du bien commun pour le peuple gabonais, particulièrement ceux qui, en secret, prêcheraient le retour d’Ali Bongo et ses alliés.
Ne reproduisez pas les erreurs de ceux qui préfèrent détourner le regard pendant que notre maison commune est en proie aux flammes. Vous disposez de nombreux outils à votre portée; je vous en prie, servez-vous-en, car les leçons du passé peuvent être des phares guidant votre décision dans l’obscurité de l’avenir.
Monsieur le Président, vous avez fait de « Le Prince » de Machiavel un de vos ouvrages de référence. En le lisant attentivement, vous aurez compris que le prince, bien qu’étant un conseiller avisé et un stratège habile, est également une personne de cœur, empreinte de bienveillance. C’est cette qualité qui vous caractérise. Monsieur le Président, aspire à être ce prince machiavélique, tout en intégrant la pensée de Jean-Jacques Rousseau et son concept du « Contrat Social », afin que tout se rétablisse dans l’équité et l’harmonie, permettant ainsi aux Gabonais de diverses couches sociales de mener une existence calme et paisible.
Cordialement et respectueusement, Monsieur le Président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement et commandant suprême des forces armées, il est impératif que vous repreniez la main, que vous retrouviez votre place, en vous acquittant de votre devoir avec abnégation et dévouement.
Que le Tout-Puissant, le créateur de l’univers, vous accompagne et vous éclaire tout au long de votre mandat et au-delà.
Moïse MORE EYENE Diplômé des universités de Lyon 3, Diplômé de l’institut d’administration des entreprises(IAE) de Lyon, Cadre politique de la Commune de Ntoum.






















