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La Chronique de Gael BOBOUAGNO Lenga

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La Chronique judiciaire de Gaël BOBOUAGNO LENGA, chroniqueur judiciaire et journaliste spécialisé dans l’actualité judiciaire.

Libreville, 22 novembre 2025 – La justice gabonaise vient encore de réussir un exploit;condamner socialement avant de juger juridiquement, puis acquitter en silence, comme si rien ne s’était passé. C’est le triste scénario vécu par Steeve NZEGHO DIEKO, maître de conférences à l’Université Omar Bongo, politologue reconnu, ancien Secrétaire général du Parti Démocratique Gabonais (PDG) mais surtout citoyen victime d’une machine judiciaire qui fonctionne souvent à rebours de la logique, de la prudence et, hélas, parfois du droit.

Steeve Nzegho Dieko, déclaré non coupable après 2 ans et 4 mois de détention.

26 mois d’une accusation qui s’effondre elle-même

Arrêté en 2023 au domicile de Noureddine Bongo Valentin au lendemain du coup d’État, présenté comme co-accusé dans « l’affaire des Bongo Valentin », exhibé devant le parquet près le tribunal de première instance de Libreville et les caméras comme un présumé blanchisseur de capitaux, Steeve NZEGHO DIEKO a passé 26 mois en résidence surveillée, privé de ses activités universitaires, privé de ses revenus, privé de ses avoirs bancaires, et surtout privé de la présomption d’innocence que la loi garantit du moins en théorie.

Pendant plus de deux ans, il aura porté sur ses épaules le poids d’une culpabilité médiatique savamment installée. Et puis, soudain, le 18 novembre 2025 : acquitté, infraction non caractérisée, accusations dépourvues de preuves.

Même le procureur général a fini par se retirer du dossier, déchargeant l’universitaire de toutes les accusations.

Acquitté, oui… réhabilité, non.

La justice a tranché : l’homme est innocent. Mais qui efface les deux années perdues ?

Qui soigne les humiliations publiques ?
Qui répare la confiance brisée entre l’enseignant et ses étudiants, son milieu académique, la société ?

À cette question, la justice gabonaise répond par un silence poli,ce même silence qui, depuis des années, couvre les préjudices causés par des détentions préventives basées sur des dossiers parfois plus fragiles qu’un château de cartes.

Quand le Code de procédure pénale devient un livre d’ornement

Pourtant, le droit est clair. Articles 146 à 148 du Code de procédure pénale gabonais.

« Toute personne injustement détenue a droit à indemnisation. »

L’État est responsable et doit réparer le préjudice

Une commission est chargée d’examiner ces demandes.

Mais dans la pratique, rares sont ceux qui accèdent à ce droit.

Délais courts, procédure méconnue, décisions rendues à huis clos, absence de motivation… Tout semble fait pour que la réparation soit un mirage administratif destiné aux plus persévérants ou aux plus chanceux.

Une justice qui casse des vies plus vite qu’elle ne les répare

Dans ce dossier, l’instruction n’a-t-elle pas péché par manque d’intime conviction ?

Comment expliquer qu’on renvoie un homme devant la cour criminelle spécialisée alors que les éléments permettant de caractériser l’infraction n’existaient manifestement pas ? Ne fallait-il pas un non-lieu dès l’enquête ?

On s’interroge. On insiste. On dérange peut-être. Mais c’est notre rôle, montrer qu’un acquittement ne suffit pas.

Steeve NZEGHO DIEKO sort blanchi, certes. Mais lavé après avoir été roulé dans l’humiliation. Et l’eau de rinçage n’efface ni les stigmates ni les cicatrices.

Une justice qui acquitte… après avoir détruit

Dans cette session criminelle spécialisée, 19 dossiers sont inscrits au rôle. Combien d’autres accusés sortiront non coupables après 6, 5, 4 ou 2 ans de détention préventive ? Combien de destins seront broyés avant que la prudence retrouve sa place dans les cabinets d’instruction ?

À force de renvoyer devant les cours criminelles des dossiers insuffisamment caractérisés, on transforme l’institution judiciaire en machine à produire des innocents traumatisés.

Réparer n’est pas un cadeau, mais un devoir d’État

Le cas de Steeve NZEGHO DIEKO n’est pas une anecdote. Il est un symbole.
Un miroir de ce que la justice gabonaise doit cesser d’être :

Une justice qui humilie avant de juger.

Une justice qui prive avant de prouver.

Une justice qui acquitte sans réparer

Le droit à indemnisation n’est pas une faveur. C’est un droit.

Et tant qu’il restera théorique, la justice ne pourra pas prétendre être équitable, humaine ou crédible.

Steeve NZEGHO DIEKO est innocent. Reste à savoir si la République aura le courage et l’honnêteté de le réparer.

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