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OGOOUÉ-MARITIME : Jusqu’où allons nous laisser monter la pression dans le chaudron social ?

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L’Ogooué-Maritime a longtemps incarné l’une des expressions les plus abouties du vivre-ensemble gabonais, un véritable modèle de coexistence pacifique qui a su s’imposer dans le paysage sociopolitique du pays. Province de brassage culturel, de mobilité sociale et d’opportunités économiques multiples, elle s’est construite avec soin, depuis l’accession à l’indépendance du Gabon et tout au long des années de présidence d’Omar Bongo Ondimba, sur une intelligence politique pragmatique et visionnaire : celle de la prise en compte minutieuse des réalités socioculturelles locales dans l’organisation du pouvoir et la représentation des différents territoires qui la composent.

Ce principe fondamental, souvent mal compris par ceux qui n’en perçoivent que la surface, n’a jamais relevé de l’exclusion des groupes minoritaires ou majoritaires. Au contraire, il a constitué un mécanisme de régulation sociale efficace, permettant à des communautés diverses et variées de cohabiter de manière durable, dans un climat de respect mutuel et de stabilité institutionnelle. Cette dynamique d’harmonie a sans aucun doute permis à la province d’ évoluer tout en minimisant les risques de tensions sociales.

Dans l’Ogooué-Maritime, cet équilibre délicat s’est historiquement manifesté par une représentation cohérente des peuples autochtones : un Nkomi à Etimboué, un Loumbou ou un Vili à Ndougou (Gamba), et un Orungu à Port-Gentil. Ce schéma de représentation n’a jamais entravé l’intégration d’autres communautés originaires de toutes les régions du Gabon, comme les Mériés, les Fang, ainsi que les ressortissants de l’Ogooué-Ivindo ou du Haut-Ogooué. Ces derniers ont trouvé dans la province un espace propice à leur insertion, à l’accès au travail et à leur ascension sociale, contribuant ainsi à la prospérité collective sans jamais remettre en cause les équilibres historiques qui garantissaient la paix sociale.

Aujourd’hui cependant, des signaux faibles mais persistants appellent à une vigilance accrue. Certaines pratiques politiques, parfois attribuées à sieur Léon Ababe, qu’elles soient justes ou inexactes, rejoignent les controverses soulevées dans un enregistrement audio de l’ancien Féfé Onanga, qui a rapidement gagné en viralité au sein des populations. Ces événements sont perçus par une part croissante de l’opinion publique comme des indicateurs d’éventuelles fractures communautaires grandissantes. Ce qui interpelle n’est pas tant leur existence en soi, mais la logique apparemment sous-jacente à ces actions : une mobilisation identitaire potentiellement capable d’amener une confrontation là où le dialogue devrait primer et de substituer la rivalité communautaire à la compétition démocratique saine.

La véritable inquiétude ne repose pas sur l’ambition politique, un élément légitime et nécessaire dans toute démocratie, mais plutôt sur la manière dont celle-ci s’exprimerait, avec le risque palpable de fragiliser des mécanismes de régulation socio-culturelle qui ont jusqu’ici préservé la province des tensions ouvertes. À force de discours clivants et d’attaques répétées contre des figures locales respectées telles que les sieurs Régis Michel Onanga Ndiaye, Richard Albert Royembo entre autres, ainsi que des remises en question implicites des équilibres établis, le débat politique pourrait déraper vers un conflit de légitimité communautaire.

Une vue de quelques illustres figures politiques présentes, représentatives des équilibres ethnolinguistiques..

Ajoutons à cela les dossiers anciens et particulièrement sensibles qui, périodiquement, refont surface dans l’espace public. Ceux-ci sont liés à des affaires judiciaires controversées, notamment en ce qui concerne des accusations autour de crimes rituels présumés. Qu’ils soient fondés ou non, ces récits, lorsqu’ils ne sont ni clarifiés ni traités avec la rigueur institutionnelle requise, alimentent de manière insidieuse des fantasmes, des rancœurs et un profond sentiment d’injustice au sein des populations concernées.

L’évocation récurrente de l’incarcération jugée abusive d’un élu, aujourd’hui député UDB de Bendjé, illustre de manière frappante combien l’absence de vérité partagée fragilise durablement la confiance collective entre les différents groupes. D’autres critiques d’ordre socio-économique viennent renforcer cette crispation ambiante : des accusations de précarisation de la jeunesse, exacerbées par le recours massif à des contrats temporaires, ainsi que des soupçons de manquements graves vis-à-vis de la CNSS et de l’administration fiscale. Là encore, le danger ne réside pas uniquement dans la véracité des faits exposés, mais dans leur accumulation non traitée, laquelle installe un climat de suspicion généralisée et d’inquiétude ambiante.

Plus préoccupante encore est la perception largement relayée par divers notables et acteurs sociaux de la province concernant une stratégie présumée visant à instrumentaliser certaines communautés dites flottantes, lesquelles seraient érigées en relais politiques exclusifs au service d’intérêts particuliers. Une telle démarche, même déguisée sous le couvert d’un discours patriotique, contient en elle les germes d’une rupture profonde du pacte social local qui a tant de valeur.

L’Ogooué-Maritime n’a jamais prospéré par l’exclusion ni par la domination d’un groupe sur les autres. Sa force réside dans l’équilibre, la reconnaissance mutuelle et la capacité à maîtriser les ambitions individuelles dans un cadre collectif partagé. Lorsque cet équilibre vacille, c’est l’ensemble du corps social qui se retrouve alors en proie à une turbulence inédite.

C’est pourquoi de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui appelant à la responsabilité de chaque acteur impliqué : responsabilité des acteurs politiques, conviés à privilégier l’apaisement au lieu de capituler devant la surenchère ; responsabilité des institutions, invitées à éclaircir les dossiers sensibles afin de mettre un terme aux manipulations ; et responsabilité enfin des leaders communautaires, sommés de veiller à ne pas céder à l’instrumentalisation identitaire.

Des notables de la province, affirmant détenir des éléments encore cachés jusqu’alors pour préserver la paix sociale, rappellent avec aplomb que le silence ne saurait être éternel. Leur message ne constitue pas une menace, mais plutôt une alerte : à défaut de clarification, le non-dit finit toujours par alimenter la crise latente.

L’Ogooué-Maritime se trouve aujourd’hui à un carrefour crucial. Soit elle renforce ses mécanismes historiques de régulation et préserve ce qui a fait sa singularité — la coexistence pacifique dans la diversité —; soit elle laisse prospérer des logiques de confrontation identitaire, au risque de voir le chaudron social, longtemps maîtrisé, finir par déborder.

Comme nous enseigne la sagesse biblique dans Proverbes 22:28 : « _Ne déplace pas la borne ancienne, Que tes pères ont posée_. » Il existe des équilibres naturels et des droits divins, soulignant l’importance de respecter les limites de propriété établies par nos ancêtres.

Une vue de quelques illustres figures politiques présentes et passées, représentatives des équilibres ethnolinguistiques dans l’Ogooué Maritime.

L’heure n’est donc ni à la stigmatisation ni à l’affrontement, mais plutôt à la lucidité, à la recherche de la vérité et à l’adoption d’une responsabilité collective, dans l’intérêt supérieur de la cohésion nationale, si chère à Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement.

BROW

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