AFFAIRE THOMAS MBEGA ALLOU : 15 ans de silence, l’État face à ses responsabilités diplomatiques et morales
Quinze années se sont écoulées depuis la disparition tragique de l’adjudant-chef major Thomas MBEGA ALLOU, alors en service dans la deuxième région militaire d’Oyem. Assassiné en Guinée équatoriale dans des circonstances encore floues, ce militaire gabonais demeure aujourd’hui au cœur d’une affaire non résolue, révélatrice de lourds enjeux à la fois diplomatiques, judiciaires et humains.
Au-delà du drame individuel, c’est toute une famille qui vit depuis lors dans l’attente insoutenable du rapatriement de la dépouille et de l’organisation d’obsèques dignes. Une attente interminable, devenue le symbole d’un dossier enlisé dans les méandres administratifs et diplomatiques.
Une affaire à forte portée diplomatique
L’assassinat d’un militaire gabonais sur le sol équato-guinéen soulève inévitablement la question des responsabilités entre États. En droit international, la protection des ressortissants à l’étranger constitue un principe fondamental. Dès lors, l’absence de résolution de ce dossier interroge sur l’efficacité des mécanismes de coopération entre le Gabon et la Guinée équatoriale.
Pourquoi, seize ans après les faits, aucune issue concrète n’a-t-elle été trouvée ? L’absence de communication officielle détaillée alimente les spéculations et renforce le sentiment d’abandon ressenti par les proches de la victime.
Ce silence diplomatique fragilise non seulement la confiance des citoyens envers leurs institutions, mais pose également la question de la capacité de l’État à défendre ses forces de défense et de sécurité, même au-delà de ses frontières.
Le droit à la vérité et à la dignité
Au cœur de ce drame, il y a une exigence fondamentale : celle du respect de la dignité humaine. La famille de Thomas Mbega Allou réclame, depuis plus d’une décennie et demie, deux actes essentiels :
le rapatriement de la dépouille ; l’organisation d’obsèques officielles et dignes de son rang militaire.
À cela s’ajoute une revendication légitime : celle d’un dédommagement moral et matériel. Car au-delà de la perte affective, la disparition d’un chef de famille entraîne des conséquences économiques et sociales durables pour les siens.
Dans de nombreux pays, de tels drames donnent lieu à des indemnisations encadrées par l’État, reconnaissant ainsi le sacrifice consenti par les agents publics. Le cas de Thomas Mbega Allou ne devrait pas faire exception.
Une responsabilité étatique engagée
L’État gabonais, garant de la protection de ses citoyens et de ses militaires, se trouve aujourd’hui face à une responsabilité morale et institutionnelle. Le maintien de ce dossier dans l’oubli apparaît comme une défaillance qu’il devient urgent de corriger.
La gestion de cette affaire constitue également un test pour les autorités actuelles, engagées dans une dynamique de refondation des institutions et de renforcement de la justice.
Une interpellation directe au Chef de l’État
Dans ce contexte, il apparaît indispensable d’en appeler à la plus haute autorité de l’État, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Monsieur le Président,
L’affaire Thomas Mbega Allou ne peut plus rester dans l’ombre. Elle appelle une action forte, à la hauteur des engagements pris en faveur de la justice, de la transparence et de la dignité nationale. Votre intervention pourrait permettre : la réouverture du dossier au niveau diplomatique ; l’établissement des responsabilités ; le rapatriement effectif de la dépouille ; et la mise en place d’un mécanisme de compensation pour la famille.
Une telle démarche enverrait un signal fort : celui d’un État qui n’abandonne pas les siens, même des années après les faits.
Restaurer la confiance, honorer la mémoire
Au-delà du cas individuel, cette affaire pose une question fondamentale : quelle valeur accorde-t-on à la vie et au sacrifice des serviteurs de la Nation ?
Répondre à cette interrogation, c’est restaurer la confiance entre l’État et ses citoyens. C’est aussi honorer la mémoire d’un homme qui a servi sous le drapeau, et qui mérite, à ce titre, reconnaissance et justice.
Seize ans de silence, c’est déjà trop. L’heure n’est plus à l’attente, mais à l’action.
Valéry M






















