FRONT SOCIAL : l’intersyndicale des Impôts mise sur le dialogue et suspend l’escalade
Réunis en assemblée générale, les membres de l’intersyndicale des agents de la Direction générale des Impôts (DGI) ont opté pour une stratégie d’apaisement, sans pour autant renoncer à leurs revendications. À l’issue de plusieurs heures d’échanges nourris, les représentants des quatre organisations syndicales – le MSI, le SYNAAF, le SYNAÏ et le SPI – ont décidé de geler toute montée en puissance du mouvement et de privilégier, à ce stade, la voie du dialogue. Un choix mûrement réfléchi dans un environnement économique fragilisé par de fortes contraintes budgétaires.
Au centre des discussions figurait le préavis de grève déposé le 20 novembre 2025, resté sans réponse jugée satisfaisante. Selon le porte-parole de l’intersyndicale, Pamphile Benga Massia Pamphile, cette initiative faisait suite à une série de démarches infructueuses auprès des autorités de tutelle. Une lettre de relance adressée le 21 janvier 2026 n’ayant pas davantage permis de débloquer la situation, les syndicats ont estimé indispensable de consulter leur base afin de redéfinir la stratégie à adopter.

Le Porte-parole du Mouvement Syndical des Impôts, Pamphile Benga Massia, s’adressant aux membres de l’intersyndicale…
Cette mobilisation intervient dans un contexte national marqué par la recherche d’un équilibre budgétaire durable. Entre la contraction de certaines ressources, la pression croissante sur les dépenses publiques et la persistance de la fraude et de l’évasion fiscales, la sécurisation des recettes s’impose comme un enjeu majeur. Les flux financiers illicites et l’expansion de l’économie informelle constituent autant de défis qui fragilisent la capacité de l’État à financer ses politiques publiques.
Dans cette architecture institutionnelle, la DGI occupe une position stratégique. Membre du Conseil national de sécurité en vertu du décret n°00040/PR du 14 avril 1999, elle joue un rôle qui dépasse la seule mission de recouvrement de l’impôt. Elle participe activement à la préservation de l’ordre public fiscal et, par ricochet, à la sécurité économique nationale. Une responsabilité de premier plan que les syndicats estiment insuffisamment soutenue par les moyens matériels et juridiques actuels.
La revendication phare demeure l’adoption d’un statut particulier pour les agents des Impôts. Depuis la fusion des anciennes régies des Contributions directes et indirectes en 2002, les personnels affirment évoluer dans un vide statutaire peu compatible avec la technicité, la sensibilité et les risques inhérents à leurs fonctions. Pour l’intersyndicale, la reconnaissance formelle et spécifique du métier constitue le socle d’une réforme crédible et durable du système fiscal.
Les organisations syndicales appellent également à une réorganisation en profondeur des services fiscaux. Elles préconisent un maillage territorial renforcé, à travers la création de nouveaux centres et bureaux d’impôts sur l’ensemble du territoire national. L’objectif affiché est double : rapprocher l’administration des contribuables et améliorer la mobilisation des recettes intérieures, tout en favorisant une meilleure discipline fiscale.
Les conditions de travail figurent aussi parmi les préoccupations majeures. Insuffisance de véhicules de service, équipements informatiques obsolètes, déficit en moyens logistiques : ces contraintes pèsent lourdement sur l’efficacité des missions de contrôle et de recouvrement. Certains inspecteurs seraient contraints d’utiliser leurs véhicules personnels, d’assumer les frais de carburant et de communication pour accomplir leurs tâches. À cela s’ajoute le non-versement, depuis janvier, de la Prime à la performance budgétaire (PPB), élément significatif de la rémunération des agents des régies financières.
Pour les syndicats, toute fragilisation de l’administration fiscale aurait des répercussions directes sur l’ensemble de l’appareil d’État. Les recettes fiscales demeurent la principale source de financement des secteurs clés tels que l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité. « Défendre les Impôts, c’est défendre la capacité de l’État à agir », martèlent certains responsables, soulignant l’étroite corrélation entre performance fiscale et souveraineté budgétaire.
Une note d’optimisme a néanmoins émergé à l’issue d’une rencontre avec le ministre de tutelle. Des engagements auraient été pris en vue d’examiner prioritairement les revendications les plus urgentes, notamment celles à impact financier et organisationnel. Un délai courant jusqu’au 5 avril a été accordé pour permettre au gouvernement de soumettre des propositions concrètes.
Dans cette phase transitoire, l’intersyndicale se veut responsable. En suspendant toute cessation immédiate d’activité, elle entend préserver la continuité du service public et éviter une perturbation de la chaîne de collecte des recettes. Mais l’avertissement demeure sans équivoque : à défaut d’avancées significatives dans les délais impartis, les agents se réservent le droit de recourir aux moyens d’action prévus par la loi.
Le dossier est désormais entre les mains des autorités. Entre exigence sociale et impératif de stabilité économique, l’issue des négociations sera déterminante, tant pour le climat social au sein des régies financières que pour la solidité d’un pilier essentiel de l’économie nationale.
Valéry M






















